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L'évolution politique à Hong Kong désormais “extrêmement préoccupante”

Nicolas Gary - 20.07.2020

Edition - Justice - Hong Kong Chine - Hong Kong censure - Hong Kong liberté


Début juillet, les bibliothèques de Hong Kong subissaient de plein fouet une nouvelle législation. Émanant de Chine, la “Loi sur la sécurité nationale” a conduit à l’interdiction de prêter certains livres, jugés trop favorables à la démocratie. Depuis, des bibliothèques scolaires ont subi le même revers. Et au niveau international, les condamnations tombent.

L’International Publishers Association diffuse ce matin un communiqué, faisant écho aux informations sur la censure de livres pratiquée à Hong Kong. L'entrée en vigueur le 30 juin de la législation n’aura pas attendu avant de faire des dégâts. L’activiste Joshua Wong, de même que la politicienne Tanya Chan, ont vu leurs ouvrages retirés de bibliothèques publiques — mais également de librairies, insiste l’IPA. 

Pour Joshua Wong, le texte introduit bel et bien un « régime de censure comme sur le continent » qui se concrétise avec cette interdiction des livres. 

Lorsque la Grande-Bretagne a rendu la souveraineté de Hong Kong à la Chine en 1997, certains droits devaient être garantis pour une période d’au moins 50 ans. L’accord était bien « un pays, deux systèmes ». Mais la loi sur la sécurité nationale représenterait bien une fin prématurée des droits alors promis. 

Sa mise en œuvre devient alors complexe. « Les consignes données aux bibliothèques sont de s’assurer que leur offre est en phase avec la nouvelle loi. L’arbitrage est laissé aux bibliothécaires. Et on rentre là dans une zone grise », indiquait au Monde Simon Shen, professeur de sciences politiques. À cela s'accompagne le risque de dénonciation par des fonctionnaires trop zélés, et empressés de plaire à Beijing, comme on le redoute.

Mais surtout, le risque que pour les habitants, la situation dégénère de la même manière que pour Taiwan. Sa présidente n’est en effet jamais présentée par ce titre quand les autorités chinoises l’évoquent, mais en tant que « leader régional ». 
 

Hong Kong, prochain bastion à maîtriser


Pour Kristenn Einarsson, président du Comité de la liberté de publication de l’IPA, l’interdiction de livres relève d’un « problème mondial, mais les éléments [fournis par la presse] suggèrent que l’impact sur Hong Kong de la nouvelle loi sur la sécurité aura des répercussions immédiates ». 

Une situation « extrêmement préoccupante », souligne-t-il. « Nous sommes avec nos collègues de la filière livre, qui sont touchés par ces censures, et appelons les gouvernements du monde entier à protéger le droit de publier librement dans leur pays. »

Déjà, en février dernier, l’IPA avait porté sa voix en soutien à l’éditeur Gui Minhai, sino-suédois et travaillant pour la maison et librairie Mighty Current, à Hong Kong. Ce dernier avait alors été emprisonné — voire kidnappé, selon les versions — par les autorités chinoises, pour des publications inappropriées. 

L’éditeur a depuis remporté l’édition 2018 du Prix Voltaire contre la censure, remis par l’IPA. Il a écopé de 10 années de prison. Et les interventions purgatives de la Chine ne semblent connaître aucune limite. Depuis, l'IPA ne cesse de demander sa libération.
 
En mars dernier, un autre éditeur, sino-australien, a été officiellement inculpé d’espionnage, et encourt la peine de mort. Selon le Parti communiste…


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Commentaires
Nul besoin d'aller jusqu'à Hong Kong, les bibliothèques parisiennes ont fait de même ! La bibliothèque Jean-Pierre Melville avec un important fond en langues asiatiques a, il y a 2 ou 3 ans, tout simplement éliminé tous les livres en chinois non simplifié, effaçant du même coup tous les auteurs singapouriens, hongkongais ou taïwanais de son catalogue... Tout cela se passe chez nous, bien discrètement, dans le pays des droits de l'homme...
@Jeannine : merci de cette intéressante et préoccupante information.



NB : ayant procédé à une recherche rapide, notamment sur Wikipédia, j'ai noté ce qui suit :

« Outre les missions d'une bibliothèque et médiathèque de prêt généraliste, la médiathèque Jean-Pierre-Melville est aussi spécialisée dans les langues asiatiques, étant dans les abords du triangle de Choisy, qui est considéré en raison de sa population et ses activités, comme le principal « quartier asiatique de Paris ». »



La médiathèque Jean-Pierre Melville a-t-elle été interrogée sur ce point ? Si oui, a-t-elle répondu ? Ce suivi est indispensable pour :

- vérifier plus en détail l'existence et la nature des faits en question ;

- essayer d'en connaître la ou les vraies raisons, donc sans se contenter d'éventuelles « explications » fumeuses ;

- le cas échéant, alerter médias et opinions si les faits en question sont réels et injustifiables ; comme il s'agit d'une institution publique, donc gérée par des fonctionnaires ou assimilés dont la règle d'or est « Surtout, pas d'histoires ! », un tel « tapage » peut être efficace
Il est vrai qu'à l'époque je n'ai pas interrogé la médiathèque. Les livres étaient donnés dans des sortes de boîte à livres au sein de la bibliothèque. Je pense que le prétexte de ce vaste désherbage ciblé a été les travaux à venir. Mais il suffit de chercher dans le catalogue et sur les rayonnages pour se rendre compte que les auteurs représentés sont maintenant tous chinois continentaux. Des livres en vietnamien étaient également retirés mais je n'ai pas les compétences linguistiques pour en connaître la raison.

J'ai alerté des personnes du monde des bibliothèques mais ce grand lessivage n'a pas ému grand monde....
@Jeannine : je vous remercie de votre réponse.



Avez-vous conservé la copie de vos messages et des réponses ?



Pour ma part, je viens d'envoyer le courriel suivant à la médiathèque Jean-Pierre Melville :



« J'ai récemment lu dans une revue littéraire que, il y a 2 ou 3 ans (donc vers 2017 ou 2018), tous les livres en chinois non simplifié auraient été éliminés du fonds de la Médiathèque Jean-Pierre Melville, ce qui aurait ipso facto fait disparaître tous les auteurs singapouriens, hongkongais ou taïwanais de votre catalogue : pourriez-vous m'indiquer ce qu'il en est ?



D'avance, je vous remercie de votre réponse. »



C'est le seul moyen de monter un dossier solide respectant le principe du contradictoire qui puisse servir de base à une argumentation et à une action, commençant par exemple par un « papier » dans Actualitté...



NB : sous réserve de l'avis d'un spécialiste, la question des livres en vietnamien, langue qui sécrit en alphabet latin comprenant de nombreux signes diacritiques servant notamment à marquer les intonations, est différente ; en particulier, il me semble qu'on a quasiment cessé d'utiliser les idéogrammes pour écrire le vietnamien à la fin du XIXe siècle.
PS : je viens de recevoir ce 04 août 2020 la réponse suivante de la médiathèque Jean-Pierre Melville :



« Bonjour,



Merci tout d’abord de votre intérêt pour notre fonds chinois.



Pourriez-vous m’indiquer le titre de ladite revue ? Je n’en ai aucune idée…



Les livres en chinois non simplifié, romans et documentaires, d’auteurs taïwanais et hongkongais, sont toujours présents dans notre fonds, malgré la baisse consécutive du budget dédié à ce fonds.





Bien cordialement,





cid:image001.png@01D4A83A.51DD3C90

Weihong ZHOU



Responsable du fonds chinois



Médiathèque Jean-Pierre Melville

79 rue Nationale 75013 Paris

standard : 01 53 82 76 76 »



Sous de l'avis de gens plus compétent que moi, il me semble que cette réponse est claire et satisfaisante.
Merci pour le partage de la réponse. Celle m'étonne beaucoup car lors de ma dernière visite les livres étaient inexistants. J'irai à nouveau vérifier si les livres en caractères classiques ont réapparu ! Bien cordialement
Une précision s'impose suite à mes messages. Certains livres en caractères chinois non simplifiés (classiques) ont bien été sauvés du désherbage massif. Cependant, ils sont très peu nombreux et ces ouvrage ont tous été écrits par des auteurs favorables au régime en place ou pro-chinois (continentaux). De plus, la baisse de budget est un prétexte fallacieux puisque les anciennes collections (en excellent état) ont tout simplement été supprimées et données, cette baisse est plutôt le reflet de la politique documentaire offensive contre les pensées différentes et démocrates qui s'expriment en langue chinoise. Triste époque.
@Jeannine : je vous laisse prendre contact avec la médiathèque car seul un échange direct peut clarifier les choses, dans un sens ou un autre. De mon côté, habitant loin de Paris, je ne suis pas en mesure de constater la situation sur place.
Merci beaucoup pour votre démarche auprès de la médiathèque Jean-Pierre Melville.

Pour ce qui est du vietnamien, l'écriture est effectivement romanisée mais je me suis demandée pourquoi à la même période beaucoup de livres ont été également pilonnés (auteurs censurés ou non ou bien désherbage classique). C'est la simultanéité des deux événements qui m'a poussée à m'interroger.

Bien cordialement
La nuit tombe sur Hong Kong : le régime de Pékin a résolu d'étrangler prématurément la démocratie dans un territoire à sa porte, histoire de parfaire le verrouilage politique dans les territoires appartenant à la Chine " populaire ", Hong Kong représentant un " mauvais exemple " à éliminer avant qu'il " contamine " trop de monde en Chine continentale. Et peu importent les traités et autres engagements : les communistes ont démontré depuis un siècle qu'ils sont les rois du parjure ; quand on pense que, dans un certain nombre de pays démocratiques, dont la France, il existe des partis qui n'ont pas honte de s'appeler " communiste ", terme qui évoque tant de crimes, notamment contre la démocratie...



Nous ne pouvons rien faire pour aider les courageux démocrates hongkongais : tout d'abord, la Chine est une grande puissance militaire, nucléaire et classique, ce qui la met à l'abri de toute pression militaire, directe ou indirecte ; ensuite, le poids économique de l'empire chinois fait que, à part, peut-être, les États-Unis, aucun pays n'a les moyens de mettre en oeuvre des sanctions, lesquelles devraient être durables pour être efficaces, parce que les représailles chinoises pourraient être terribles alors que nos éconimies sont affaiblies par la crise du virus Corona.



Tout ce que nous pouvons faire en France est de préparer l'accueil de réfugiés hongkongais qui souhaiteraient s'installer dans notre pays en réfléchissant sur la définition des critères d'entrée et la mise en place d'un dispositif d'accueil et d'intégration.



Enfin, lorsque le régime de Pékin décidera d'accentuer les pressions sur Taïwan, nous ne serons guère plus en mesure de nous y opposer : seuls, les États-Unis qui ont dans le passé soutenu Taïwan dans des crises parfois " chaudes " déclenchées par Pékin sont en mesure de garantir l'indépendance de fait de cette île, indépendance qui n'est même pas validée à l'ONU. Mais cette protection sera de plus en plus difficile à assurer, notamment du fait de la montée en puissance des forces armées de la Chine, notamment la marine : il faudrait de la part des États-Unis une détermination forte et constante, ce qui est beaucoup demander car tout pays connaît des périodes de " relâchement ", comme par exemple les États-Unis entre 1975 et 1980. Seule la possession de l'arme nucléaire pourrait garantir durablement l'existence de la démocratie à Taïwan : mais ce serait un casus belli pour la Chine, laquelle réagirait durement sans attendre que la force nucléaire de Taïwan soit opérationnelle.



Bref, le sort de Hong Kong est déplorable, irrémédiable et doit nous servir de rappel en ce qui concerne les dures réalités des relations internationales : si on veut obtenir des résultats, y compris soutenir efficacement des démocraties chaque fois que cela est possible, il faut avoir assimilé les principes énoncés par Sun Tzu, Machiavel, Richelieu, Palmerston, De Gaulle ou Kissinger et autres personnes compétentes plutôt que de barboter dans les bisounouseries irréalistes et finalement catastrophiques, telles que psalmodiées par les pacifistes ou les Bernard-Henri Lévy et autres idéologues ou rêveurs de tout poil... Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, la réussite de la politique russe en Syrie illustre cela.
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