L'ex-maire UMP d'Avignon en procès pour diffamation contre Le Monarque

Cécile Mazin - 22.10.2014

Edition - Justice - monarque Sarkozy - plainte diffamation pénal - maire UMP ville


En juin 2012, les Éditions du Moment publiaient le livre de Marie-Célie Guillaume, Le monarque, son fils, son fief. Alors directrice de cabinet de Patrick Devedjian, au Conseil général des Hauts-de-Seine, elle racontait à travers une forme de fable, toutes les années d'opposition entre Nicolas Sarkozy et Devedjian. Loin de l'essai politique, on plonge plutôt dans la farandole de personnages assez tragiquement présentés...

 

 

 

Près de 8 mois plus tard, la maire UMP d'Avignon annonçait qu'elle portait plainte au pénal. Selon sa lecture, elle se retrouvait dans le livre paru durant l'entre-deux tours des législatives. Marie-Josée Roig, l'élue d'Avignon, avait rapproché une femme dépeinte dans le roman : cette dernière était présentée comme la maire d'une ville de 150.000 âmes, avec des remparts. Mais surtout, elle aurait accordé une séance de sport de chambre au monarque — un Nicolas Sarkozy à peine déguisé. 

 

À l'époque, l'éditeur Yves Derai, contacté par ActuaLitté, répliquait : « Je suis étonné de la démarche, parce que personne n'était particulièrement reconnaissable dans cette description. Ce personnage de Madame de P. a amusé un peu les gens qui se sont mis à jouer avec sur internet. C'était une espèce de jeu qui consistait à faire des élucubrations au sujet de ce personnage qui a fait fantasmer la toile. C'est une fable donc, il y a une distance avec la réalité. »

 

Ce 21 octobre s'ouvrait donc la procédure pour diffamation, ciblant un chapitre précis, Le monologue du périnée. Dans le livre, le monarque lance à l'élue de la ville de 15.000 âmes (contre 90.000 pour Avignon...) 

tu ne peux pas me laisser comme ça, tu vois bien que j'ai besoin de me détendre, allez c'est pas grand-chose

 

Et l'avocate de l'ancienne maire, Me Raphaëlle Charlier, estime qu'il est « très clair dans ce passage que Nicolas Sarkozy aurait demandé une fellation ou de le masturber aux seules fins d'obtenir une subvention », rapporte l'AFP. De là, la plainte en diffamation, pour qu'on reconnaisse que l'auteure présente la cliente comme « une femme légère, prête à tout, sans aucune morale ».

 

Mais la justice ne semble pas convaincue que le personnage du livre soit réellement identifiable à l'ex-élue. D'ailleurs, trois autres femmes, maires UMP, avaient également été considérées comme de possibles inspiratrices du passage. C'est d'ailleurs le plaidoyer que Me Olivier Schnerb a lancé, assurant que trois personnes étaient confondues en une seule pour ce passage. Et qu'en matière de pénal, il faut s'assurer que la personne est véritablement identifiable, pour qu'il puisse y avoir condamnation.

 

Le roman présente une série de personnages, sur fond de fable, où le monarque n'est autre que Nicolas Sarkozy, son fils Jean, et le fief, les Hauts-de-Seine. Et voilà pour le titre. Plusieurs personnalités de l'UMP s'y retrouvent, et l'ouvrage, offrant de multiples clés pour démasquer les uns et les autres, fait très rapidement parler de lui. Au point que l'auteure, assumant le succès, sera simplement licenciée. Patrick Devedjian avait cédé aux pressions d'élus, qui réclamaient tout simplement sa tête. Marie-Célie Guillaume n'avait toutefois pas quitté l'environnement de Devedjian, qui n'aura jamais critiqué ouvertement le livre. 

 

On reviendra le 25 novembre au tribunal correctionnel de Paris, pour avoir le délibéré du jugement.