L'exil littéraire roumain en France au XXe siècle

Xavier S. Thomann - 23.03.2013

Edition - International - Eliade - Ionesco - Cioran


La Roumanie a donné quelques-uns des grands penseurs et écrivain du XXe siècle, parmi lesquels Cioran ou encore Eugène Ionesco, pour ne citer qu'eux. Mais il y a d'autres figures qu'il convient de rappeler pour leur donner leur juste importance, par exemple le prix Goncourt 1960, Vintila Horia pour Dieu est né en exil

 

 

 

 

C'est le modérateur Basarab Nicolescu qui a embrayé sur la vie de Horia, en prenant soin de déminer les malentendus à son sujet, notamment autour de la question du fascisme et de la question de ce fameux prix Goncourt. En effet, l'auteur ne put récupérer son prix, en raison d'une campagne menée contre lui dans la presse de l'époque. 

 

Selon Nicolescu, il s'agit bel et bien de « la figure emblématique de l'exil roumain » et « l'un des esprits les plus complexes du siècle dernier. » Un homme né dans la même province que le sculpteur Brancusi a-t-il rappelé alors qu'il retraçait l'itinéraire de l'homme de Lettres. 

 

D'un point de vue plus littéraire il a tenu à rappeler que l'écrivain était hanté par l'ombre d'Ovide, l'auteur latin qui a composé quelques-uns des plus beaux vers sur l'exil. Le livre de Horia qui a reçu le Goncourt s'intitulait en effet Dieu est né en exil. 

 

Cioran, Ionesco et les autres 

 

De son côté, Nicolae Breban, romancier et essayiste, membre titulaire de l'académie de Roumanie, a quant à lui fait le choix de parler de Cioran, un penseur bien connu en France. Comme Cioran, Breban a passé beaucoup de temps à Paris, mais il a rappelé que le philosophe pessimiste (c'est un euphémisme) a eu une vie roumaine avant de s'installer à Paris. Selon lui, les motifs de son oeuvre « étaient déjà inscrits dans les volumes qu'il avait publiés auparavant en Roumanie. » Attention donc à ne pas faire de Cioran un penseur exclusivement français. 

 

Ensuite, c'était au tour d'Eugen Simion, critique littéraire et docteur en philologie, dont le choix pour son intervention s'est porté sur une autre figure bien connue, à savoir Mircea Eliade. Il a d'abord pris soin de mentionner qu'il y avait eu plusieurs vagues d'exil des intellectuels roumains vers la France. On connaît bien sûr les auteurs comme Tristan Tzara, mais le phénomène est loin de se limiter au leader du mouvement Dada. 

 

Eliade se distingue de ses contemporains exilés par sa volonté de « rester un écrivain roumain. » En passant, il a aussi évoqué un autre auteur de l'époque, Eugène Ionesco, dont les pièces sont connues dans le monde entier. Il a conclu en mettant en avant un aspect un peu moins connu de l'auteur, à savoir son « esprit profondément religieux. » Et de terminer son intervention avec ce bon mot d'Ionesco à la fin de sa vie : « je ne peux pas vivre sans Dieu et ne peux pas le trouver. »

 

Enfin, la parole est revenue pour clore cette table ronde au peintre et poète Miron Kiropol, qui a écrit à la fois en roumain et en français. Il n'a pu cacher son émotion en évoquant la mémoire de Benjamin Fondane, penseur mort en déportation. Il a vivement encouragé l'auditoire à lire les poèmes de cet auteur : « lisez-le parce que sinon vous perdez beaucoup. »

 

C'est sur ces belles paroles que cette table ronde sur l'exil littéraire s'est achevée, avant que la foule ne se jette sur cinq livres gracieusement offerts. On a ainsi pu voir des personnes d'un certain âge se filer des coups de coude pour repartir avec un livre gratuit sitôt la conférence achevée.