L'exil, une bonne chose pour la littérature afghane

Louis Mallié - 21.08.2014

Edition - International - Littérature afghane - Les cerfs-volants de Kaboul - Exil


Selon de nombreux auteurs afghans interrogés par le journal Asharq-al-Awsaat, la migration serait bénéfique à la littérature afghane. « L'Afghanistan, englué depuis longtemps dans des guerres civiles et autres conflits, engendre une vague de littérature migrante ayant un impact positif sur la scène littéraire du pays », explique an Firouzeh Ramazan Zadeh. Une opinion largement partagée, qui voudrait que cette dispersion en plusieurs pays apporte une véritable bouffée d'air frais aux lettres nationales.

 

 

L'auteur d'origine afghane Khaled Hosseini à la Maison Blanche en 2007,

aux côtés de George et Laura Bush, Domaine Public

 

 

En effet, selon l'écrivain, la génération d'Afghans nés en exil en Iran, influencée par les poètes iraniens, aurait par exemple apporté un profond renouveau aux « canons de la littérature afghane ».  « Sans aucun doute, la migration a positivement affecté la littérature Afghane » confirme le poète afghan As Nahofteh, faisant allusion à des exils non seulement en Iran, mais aussi au Pakistan et dans les pays occidentaux. Plus encore, les éditeurs bénéficieraient également de leur expérience à l'étranger : « Aujourd'hui, les meilleurs éditeurs sont ceux qui reviennent d'Iran », précise-t-il.

 

Pour Manouchehr Faradis, écrivain et critique vivant à Kaboul, c'est donc à l'exil que la littérature afghane doit quelques un de ses succès mondiaux. Il cite le cas de The Kite Runner (Les cerfs-volants de Kaboul, pour la traduction française de Valérie Bourgeois), qui aborde de nombreux aspects de l'histoire et des mœurs de l'Afghanistan :  l'occupation russe, l'arrivée au pouvoir des talibans, mais aussi ses coutumes et la religion — autant de sujets « tabou » dans la société afghane. Même cas pour Aiq Rahini, auteur de Patience Stone, succès qui à l'instar des Cerfs volants de Kaboul, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en France.

 

 

 

En ce sens, l'exil a ouvert « au lectorat occidental une fenêtre sur la culture et la société afghanes », explique Firouzeh Ramazan  Zadeh. Aref Farman — exilé en Suède — note de son côté l'avantage évident des écrivains exilés, à savoir une vision plurielle de chaque chose. « Afin de ne pas rester à la traîne, l'écrivant afghan se bat pour se faire une place au milieu de tous les auteurs mondialement connus, et c'est une bonne chose. Par exemple de Khaled Hosseini, qui fait partie des écrivains le plus importants dans le monde, décrit la peine de son pays, comme si le monde les avait négligés. »

 

Et Aref Farman insiste à nouveau : ce sont ces auteurs exilés qui ont permis au monde de savoir que les écrivains afghans existaient, traçant la voie et encourageant ainsi de nombreux autres compatriotes.