L'exploitation du Big Data : l'avenir des stratégies commerciales des éditeurs ?

Orianne Vialo - 23.08.2016

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L’analyse des données du marché a toujours été cruciale pour la prise de décision d’une entreprise, et cela vaut aussi pour les maisons d’édition. L’évolution du numérique leur donne maintenant des clés, comme l’exploitation du Big Data, pour se concentrer sur l’utilisation des données, qui se révèle être un puissant outil pour mieux promouvoir le livre et satisfaire au mieux les attentes des lecteurs.

 

(NY, CC BY-SA 3.0)

 

 

Un article de Digital Book World laisse entendre que l'affaire des Panama Papers prouve combien l'exploitation et l'utilisation de données, fournies grâce à l'étude du big data, peut être des plus bénéfiques. Toutes les données non structurées, stockées sur le web, peuvent représenter une véritable mine d'or pour qui sait s'en servir et les analyser, y compris pour les éditeurs. Ces derniers peuvent ainsi récolter des informations précieuses pouvant accélérer l'innovation et la croissance de leurs revenus.

 

L'industrie de l'édition produit des quantités massives de données de haute qualité dans une grande variété de domaines. À une époque où l'innovation et l'évolution sont essentielles à la survie d'une organisation, les éditeurs profitent d'occasions uniques de faire de grands bonds en avant et d'offrir des contributions majeures dans cet espace. Mais pour y parvenir, ils doivent embrasser l'exploitation de leurs données de manière à la fois significative pour leurs clients, mais aussi importante pour leurs objectifs d'affaires.

 

 

En explorant au maximum la valeur potentielle de leurs données, les éditeurs répondront mieux aux besoins et aux attentes de leurs lecteurs. C’est ce qu’expliquait Antoine Compagnon, historien de la littérature et professeur au Collège de France et à la Columbia University lors de la cérémonie d’ouverture du 24e congrès annuel SHARP (Society for the History of Authorship, Reading and Publishing) à la BnF.

 

Il y racontait, entre autres, les bouleversements causés par la révolution numérique dans ses métiers de chercheur, d’enseignant et d’écrivain. Il avait mis l’accent sur le fait que le big data permettait de définir l’auteur mieux que nous ne l’avons jamais fait.

 

Grâce à l’exploitation de données sur le monde de l’édition, il a été prouvé que le sens de la lecture a changé, avec le « distant reading » basé sur les big data [une méthode consistant non pas à étudier des textes en particulier, mais à rassembler et à analyser une grande quantité de données, NdR] et a pris le pas sur le « close reading » d’antan, qui nécessite beaucoup plus de temps. « La lecture se présente comme un obstacle à la recherche... Certains vont jusqu’à dire que la recherche est meilleure si l’on s’abstient de lire » précisait Antoine Compagnon. 

 

L'exploitation du big data : une perspective ancienne 

 

Déjà en 2012, Publishers Weekly se demandait en quoi le big data pouvait contribuer à améliorer le marketing dans le monde de l’édition. Edd Dumbill, président du programme pour Strata et la O’Reilly Open Source Convention — une série de conférences axées sur le big data —, le big data peut être très utile pour les chefs d’entreprises puisque cet outil fournit des données visuelles qui en disent long sur la consommation des services par les consommateurs. Cela marche tout aussi bien pour les éditeurs. 

 

Julie Steele, éditrice de contenu pour les conférences organisées par la O’Reilly Media’s Strata explique : « Le big data tient la promesse d’aider les éditeurs à prendre de meilleures décisions », notamment grâce à l’analyse des données recueillies en continu concernant l’activité des lecteurs sur internet. 

 

Selon elle, cela permet aux éditeurs de savoir combien de temps un consommateur passe sur une certaine page, ou encore de savoir quels contenus il ne visite pas. Si les éditeurs changent les prix des ebooks, et analysent, en temps réel, les données recueillies, ils seront en mesure de mieux connaître le comportement des lecteurs en ligne. Ils pourront ainsi davantage cibler les achats, ce qui leur permettra de savoir si les gens achètent des ouvrages pour eux-mêmes, ou s’ils ont tendance à acheter plus lorsqu’il y a des promotions. 

 

Comme le chef d’exploitation de Macmillan Science and Education, Ken Michaels, disait à PW en 2014 : « L’objectif de la collecte et de l’analyse des données, c’est d’être en mesure de dessiner des objectifs commerciaux plus stratégiques, d’améliorer l’efficacité et l’efficience dans tous les services de l’entreprise, y compris le développement de meilleurs produits et la sensibilisation du public, dans le but d’améliorer la façon de commercialiser [des entreprises, NdR]. »