L'expression “nègre littéraire” officiellement remplacée par “prête-plume”

Antoine Oury - 16.11.2017

Edition - Société - nègre littéraire - prête-plume expression - nègre prête plume


En début d'année, une pétition proposait de remplacer l'expression « nègre littéraire », aux origines racistes et esclavagistes, pour lui préférer la formule « prête-plume » ou « écrivain fantôme ». Le Ministère de la Culture vient de donner suite à cette demande, que le CRAN, Conseil Représentatif des Associations Noires, avait appuyée.


Plume et galet (2)
(B@rberousse, CC BY-SA 2.0)


Le Ministère de la Culture et de la Communication a fait parvenir ce 13 novembre 2017 un courrier au CRAN pour évoquer le problème soulevé en début d'année par la fondatrice du site Enviedecrire.com, agence de conseil littéraire, Nelly Buffon. Dans une pétition mise en ligne sur Change.org, elle indiquait : « Aujourd’hui, le mot « nègre » est défini par les dictionnaires Larousse et Robert comme un terme raciste. Il n’y a donc pas de bonnes façons de l’employer et ce n’est pas en lui accolant l’attribut « littéraire » que cela le rend plus convenable. »

Quelques jours après la publication de sa pétition, elle contactait le CRAN pour obtenir son appui. Si la pétition était adressée à l'Académie française, c'est le Ministère de la Culture qui vient d'y donner suite. Dans un courrier, le délégué général à la langue française et aux langues de France indique en effet que la Commission d'enrichissement de la langue française avait publié des recommandations vis-à-vis de l'expression « nègre littéraire ».
 

Considérant que le terme « nègre (littéraire) » est inapproprié pour désigner la fonction ou le métier d’écrivain de substitution, il est proposé, après consultation des membres de la Commission d’enrichissement de la langue française, d’employer le terme « prête-plume », notamment utilisé en Amérique du Nord, ou encore, en fonction des contextes, les termes « auteur ou écrivain ou plume cachée », voire « auteur ou écrivain ou plume de l’ombre »


L'intégralité de l'avis est à retrouver à cette adresse.
 

« À l’heure où la France débat de la nécessité de lutter contre le sexisme dans le langage, le Cran rappelle qu’il faut pareillement éradiquer le racisme dont le langage est malgré nous le vecteur. Il y a quelques semaines, le Cran menait bataille contre les statues colonialistes, il faut aussi lutter contre les mots colonialistes, qui finissent par formater et gangrener les esprits », a indiqué Louis-Georges Tin, président du CRAN, en réaction à la décision du ministère.

 

« C'est la formulation que nous avions proposée », complète-t-il auprès d'ActuaLitté. « Cette recommandation du ministère sera envoyée aux médias et aux maisons d'édition pour les inciter à employer la formulation. » 

 

La recommandation de la délégation générale à la langue française et aux langues de France ne suppose toutefois aucune forme d'obligation : « Chacun en use comme il le veut, nous sommes dans une formule libérale, mais les deux luttes concomitantes que sont celle contre le sexisme et celle contre le racisme supposent que l'on précise les significations de certaines expressions. »

 

L'Académie française n'a pas encore réagi à la nouvelle.