L'histoire de Pâques Man, ou L'art de la résurrection

Clément Solym - 29.08.2012

Edition - Les maisons - Hernan Rivera Letelier - Christ - désert


Il y a des Chiliens qui donnent envie de prendre un avion pour leur serrer personnellement la main. Hernán Rivera Letelier est de ceux-là. Et son prochain livre, L'art de la résurrection, à sortir le 9 septembre aux éditions Métailié, mérite bien plus qu'une simple ovation. Avec son messie miteux, prêchant dans un désert, comme il se doit, il nous raconte la bêtise, la crédulité, l'envie, sans oublier le moteur du genre humain : l'espoir.

 

 

 

 

Domingo Zárate Vega n'est pas un banal prédicateur annonçant la fin des temps, du tout. D'abord, Dieu le Père lui cause, mais ça arrive. Ensuite, le Christ guide et suit ses pas - comme pour Ophélie Winter. Mais surtout, l'Esprit sain - quand il n'a pas abusé des liqueurs locales - lui a confié une mission. Quoique ce ne soit pas forcément aussi clair dans l'esprit de celui que l'on a baptisé Le Christ d'Elqui, vallée du Chili, ayant hérité son nom du fleuve qui y coule.

 

Et le voilà, partant sur les chemins, fort de sa mission divine et de ses imprécations, tentant, autant que faire se peut, de résister à la tentation, de délivrer du mal et de répandre la bonne parole. Et parfois, quand la perplexité le gagne, comme à son habitude, il réfléchit en se curant le nez, d'un index autoritaire.

 

Nous sommes en 1942, et les mines , qui appartiennent à des Anglais, des Espagnols et parfois même, des Chiliens, ont connu un fort développement industriel. Mais les travailleurs sont mal payés, évoluent dans des conditions précaires. Or, au milieu de cette faune, où seules les femmes sont enclines à entendre la parole divine, vit Magalena Comerco, une prostituée dont la dévotion n'est plus à démontrer. 

 

Pieuse comme c'est difficilement possible, elle devient l'objectif du Christ d'Elqui, qui entend la rallier à sa troupe d'apôtres, pour gagner en crédibilité, et renouer avec la tradition de Marie-Madeleine. Traînant ses semelles aux quatre vents, Domingo part, convaincu que c'est là qu'il trouvera la force nécessaire - et éventuellement, profiterait gracieusement des services professionnels de l'intéressée.

 

Voilà l'une des perles de cette rentrée. En substituant à l'image christique d'amour et de souffrance, un pitre bouffon, L'art de la résurrection devient ce cactus gorgé d'eau en plein désert, qui sauve le voyageur égaré. Vagabond contradictoire, prêcheur convaincant, mais disposé à s'accommoder de ses propres conseils - faites ce que je dis, mais ne vérifiez pas ce que je fais - Domingo est haut en couleurs. Et la troupe de débiles qui le suit et le vénère est tout aussi pitoyable. 

 

Critique, certainement, mais avant tout roman burlesque, doté d'un anti-héros émouvant, à force de bêtise, on ne se lasse pas de suivre les mésaventures de ce Sauveur, à peine capable de se prendre en main.

 

Mention toute particulière au travail de Bertille Hausberg, qui a traduit l'oeuvre, rendant un style drôle et léger. Une perle, on vous dit !