L'Histoire du soldat : quand Kurt Vonnegut interpréta Igor Stravinsky

Clara Vincent - 10.10.2019

Edition - International - Littérature adaptation opera - Kurt Vonnegut Stravinsky - Album musiques


Un eregistrement directement inspiré de l'opéra écrit par l'éminent chef d'orchestre Igor Stravinsky, L'Histoire d'un sodat,  est aujourd'hui disponible en version CD ou par téléchargement. Et ce, grâce à l'esprit d'anticipation de l'écrivain américain de science fiction Kurt Vonnegut.  


 

Bien qu’il ne s’agisse pas de l’opéra original en tant que tel — l’œuvre de Stravinsky faisant l’objet jusqu’en 2009 de protection droits d’auteurs — Kurt Vonnegut, avait pris les devants. Avec la collaboration du musicien David Soldier, le romancier avait en effet entrepris l'enregistrement de sa propre version de l'œuvre en question, dans laquelle il interprète le personnage du Général.  

Une écoute pour le moins inédite, donc, sachant que l'opéra de Stravinsky ne connut que deux représentations, le 28 septembre 1918 au théâtre municipal de Lausanne, puis en 1923 à Paris. 

D'autant plus inédite que l’histoire de l’opéra elle-même s’avère plutôt riche en rebondissements : la version de L’histoire d'un soldat de Kurt Vonnegut résulte d’une suite d’adaptations et de reprises.

À l’origine, c'était un conte populaire russe : l’écrivain et poète suisse Charles Ferdinand Ramuz fut le premier à s'en emparer. Ainsi réécrit-il dans ses Cahiers l'histoire de ce soldat présent dans le récit originel, qui décide de signer un pacte avec le Diable. En échange de son talent musical et de son violon, ce dernier lui promet de vivre une somme d’aventures avant, d’inévitablement, finir par mourir. Faustien, en diable.

La réécriture de Ferdinand Ramuz suscita l’engouement d’Igor Stravinsky, qui décida de le décliner sous forme d’opéra en 1917. Les deux hommes s'étaient rencontrés alors que le musicien fuyait la Révoution russe. 
 

Une histoire "absurde"


Des années plus tard, en 1993, la New York Philomusica propose au romancier américain Kurt Vonnegut de réinterpréter l’œuvre de Stravinsky. Offre que ce dernier déclina tout d’abord. Ancien combattant lui-même pendant la Seconde Guerre mondiale, Vonnegut estime que l’œuvre de Ferdinand Ramuz n’est pas crédible : ce qu’elle raconte sur la vie de soldat relève à ses yeux de l'« absurde ». 

Mis au défi d'écrire sa propre version, Kurt Vonnegut modifie l’histoire en remplaçant le soldat musicien par une figure tout autre, celle d'Eddie Slovik. Ce soldat américain qui fut le seul à avoir été tué, lors de la Seconde Guerre mondiale, pour désertion —, et ce depuis la guerre de Sécession, près d'un siècle plus tôt. 

« Slovik mérite d'être maintenu en vie. Si son nom avait été McCoy ou Johnson, je ne pense pas qu’il aurait été abattu », expliquait Kurt Vonnegut dans un interview au New York Times en 2006. 
 

Le personnage du Diable sera quant à lui remplacé par celui du Gérénal. Une prise de liberté avec le texte de Charles Ferdinand Ramuz qui, à l'époque, ne fut pas du goût de tous. Et Vonnegut de répondre à ses assaillants : « Eh bien, c'était une profanation. C'était un texte sacré, et j'ai osé le tromper. Et certaines personnes trouvent cela insupportable », en toute bonne foi, ou mauvaise, c'est selon... 


Références :  

Album Ice-9 — Ballade, chants de l’American Chamber Winds, dirigée par David A. Waybright.
Compilation de Kurt Vonnegut, tiré de son ouvrage Cat’s Cradle (Le Berceau du chat, traduction Jacques B. Hess - Seuil 1972).


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