L'histoire gardera la “ministre éditrice qui aura massacré les écrivains” (Joann Sfar)

Nicolas Gary - 22.06.2018

Edition - Société - Joann Sfar auteurs - histoire ministre Culture - Emmanuel Macron Auteurs


Il semblerait que les uns et les autres n’ont pas vécu la même réunion. La rencontre très attendue entre les organisations d’auteurs et les ministères de la Culture et des Solidarités et de la Santé aura débouché sur un non-sens. 


Rassemblement des artistes auteurs devant le ministère de la Culture
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Alors que sur la place Colette, une manifestation réunissant près de 200 personnes allait bon train, dans les salons de la rue de Valois, c’était l’abattement : « On nous a fait une présentation, à l’aide de PowerPoint, sur les réformes qui vont être mises en place, mais aucune concertation, et des explications floues. Il n’y a eu aucune prise en compte de nos remarques, malgré 5 ans de travail et d’attente pour tous les auteurs », expliquait Samantha Bailly, présidente de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, à ActuaLitté.

 

Françoise Nyssen, était absente de Paris : son agenda annonçait, précisément ce 21 juin un « déplacement en région à l’occasion de la Fête de la Musique ». Peut-être valait mieux : fragilisée à son poste, la ministre de la Culture a dernièrement fait les gros titres du Canard enchaîné. Le volatile a dévoilé que des travaux ont été effectués par le groupe d’édition Actes Sud, qu’elle dirigeait avant d’occuper la rue de Valois, sans autorisation de la part de la ville d’Arles
 

Des problèmes de communication ?

 

Et alors que le ministère des Solidarités était particulièrement muet, voire impossible à joindre pour les organisations d’auteurs, Agnès Buzyn communique avec Françoise Nyssen, réaffirme « l’importance d’une couverture sociale adaptée et de qualité pour les artistes auteurs ». Presque une plaisanterie, en regard de la mascarade qui court depuis cinq ans maintenant. 

 

« Personne n’est dupe : la mission IGAC-IGAS ne porte que sur deux points, importants, mais qui ne recouvrent pas l’ensemble des problèmes que nous nous efforçons de leur faire prendre la mesure », indique un proche du dossier. Il s’agit en effet de la hausse de la CSG et des droits connexes.

 

Les deux ministres rappellent en effet que, dans 15 jours, les préconisations de la mission seront communiquées, mais la mission se prolongera jusqu’en octobre. 

 

« En revanche, lire dans leur communiqué que “les directions des deux ministères ont reçu les organisations représentatives pour aborder, avec l’ACOSS (agence centrale des organismes de sécurité sociale), le nouveau dispositif de recouvrement des cotisations qui sera mis en place à compter du 1er janvier 2019”, c’est aberrant. Ils n’ont rien abordé : ils ont exposé, sans possibilité de discussion », poursuit-on.

 

Certes, les ministres continuent de faire preuve de bonne volonté, mais, sans une véritable action politique, les auteurs se feront dévorer par la réforme sociale à venir. « Les ministres appellent de leurs vœux une implication de toutes les parties prenantes, y compris les diffuseurs, dans ces réflexions, ainsi qu’une simplification et des outils permettant une meilleure information et un meilleur service aux auteurs concernant leur protection sociale », achève leur communiqué.
 

L'hypocrisie du discours et des actes


« On nous a assuré que nos pires craintes allaient se réaliser », indique Joann Sfar, qui évoque le « communiqué stalinien » des deux ministères. « Si vous voulez que l’on crève tous, il faut le dire », poursuit-il sur France Inter. Et avec une amertume résignée, il constate : « L’histoire se souviendra que l’on a eu une ministre éditrice qui aura massacré les écrivains. »
 

Emmanuel Macron fera-t-il de la France
“un pays sans auteur ” ?


Et d’en appeler directement au président du Syndicat national de l’édition, Vincent Montagne. « Les éditeurs vont être obligés de nous aider parce qu’ils vont s’apercevoir que ces taxations qui vont arriver vont leur tomber dessus aussi. » Pour l’instant silencieux, le SNE devra s’impliquer, et Joann Sfar d’ajouter : « J’en appelle aujourd’hui à Vincent Montagne, qui est un type bien, avec qui on s’entend bien : il faut qu’il s’implique. »

 

Le dessinateur du Chat du Rabin conclut : « On est en train de massacrer un miracle [l’édition française]. Mais au moins qu’ils disent qu’ils sont fiers de le faire et qu’ils le fassent. Mais qu’ils ne fassent pas semblant d’un côté de promouvoir la littérature. »
 

 




Commentaires

Merci à Joann Sfar de son intervention sur France inter ce matin. Oui le gouvernement construit une société sans écrivains, sans artistes, sans culture, sans service public, sans solidarité, mais avec beaucoup de misère. Cette construction de la misère se fait sans aucun échange avec les syndicats et associations, à la hussarde avec l outrecuidance de discours officiels en totale contradiction aux actes. Merci Joann Sfar, je me suis sentie moins seule ce matin.
Ce sont les désirs de la politique de la terre brûlée de Macron et de sa bande de néo/libéraux! La Culture pour ces sagouins, c'est "peanuts"!! Seuls comptent l'ubérisation, l'individualisme à outrance, la lutte des places et de tous contre tous, laisser penser les gens de façon autonome, c'est trop dangereux! C'est très grave, ce qui se passe actuellement!
Merci à tous d alerter les populations contre ce nouveau scandale..Après la médecine, l'éducation et tous les services publiques maintenant l'édition. Ça sent l'horreur mais je crois que à réplique des populations va leur péter à à figure plus vite qu'ils ne le croient
Le risque est bien réel. Les auteurs sont mal payés, font la trésorerie de leurs maisons d’édition, n’ont pas de retraite abondées par les éditeurs qui bénéficient d’une ressource de qualité a bon marché (pas de charges sociales, pas de cotisations sociales employeurs) et le système ne fonctionne que grâce à la générosité des auteurs.

C’est effectivement un miracle.

Y aura t il un éditeur humain qui lancera le mouvement pour permettre aux auteurs d’avoir une retraite en mettant au point un système de cotisation retraite à leur profit?
Il ne faudrait pas oublier que Mme. Nyssen est tombée dans l'anthroposophie:les têtes pensantes des établissements créés par elle en Arles sont des anthroposophes notoires. L'anthroposophie est une doctrine ésotérique conduisant à la "tripartition sociale" selon R.Steiner. Ce projet politique (repris par le Plan Politique des Colibris) interdit à l'État toute intervention dans le domaine culturel. Notre ministre est donc en porte-à-faux, ce qui explique (mais ne justifie pas !) tous ses faux pas que la presse relève sans les comprendre.JPC Dr. en Philosophie. Blog : https://labiodynamieaurisquedelanthroposophie.com/
Retour à la société médiévale des trois ordres : oratores, bellatores, laboratores ?
Il y a heureusement des éditeurs qui ne veulent pas de ça et qui défendent les auteurs, même s'ils ne sont pas les plus visibles.

A notre niveau, nous avons mis en place un système de rémunération bien plus juste, au profit des autrices et auteurs. Et nous informons notre public sur la situation actuelle.
Article très mal écrit !!! Et les auteurs qui se targuent de défendre la culture !!!
Encore un article qui relate uniquement les avis de quelques-uns : ceux qui sont contre, contre tout ! Aucune information nous est donnée. mais N. Gary va nous dire qu'il s'agit d'un éditorial.
Bonjour Jean87 (87 pour une sensibilité spécifique à l'égard de la porcelaine ?)

Cet article relate l'analyse de Joann Sfar, pour partie, la communication (au moins maladroite) des deux ministres concernées par le sujet, les conclusions des représentants d'organisations d'auteurs qui se trouvaient à la réunion du 21.

Où voyez-vous un manque d'informations ? Est-ce le sujet en soi que vous ne connaissez pas ?
C'est bien que Joann Sfar communique sur le statut des artistes auteur.trice.s, mais ce qui m'agace un peu, c'est que dés qu'il l'ouvre en dessin sur les réseaux, ça se partage (logique me direz-vous statistiquement parlant) mais c'est surtout lui qu'on vient chercher pour parler aux médias (aux radios plus particulièrement). Et dans le lot, on ne parle que des auteurs de l'écrit et on occulte littéralement tous les ARTISTES (petit rappel : nous avons le même statut et le même régime social, celui d'artiste-auteur). On omet également de citer les syndicats qui se battent actuellement, bénévolement pour le régime social des artistes et des auteur.trice.s. Bref, ça m'agace ce corporatisme ambiant et médiatique. Petit anecdote : sur la photo qui illustre cet article, on y retrouve les trois co-secrétaires du SNAPcgt (le Syndicat National des Artistes Plasticiens) et qui est à l'initiative de la Mobilisation des artistes auteur.e.s du 21 Juin !

En tout cas l'incompétence de ce gouvernement se voit de plus en plus et ils vont bien finir par vider les caisses.
merci Mary Lou de rappeler que les autres artistes sont aussi en souffrance , à la hausse des cotisation s'ajoute la baisse des prestations sociales qui est passée comme une lettre à la poste; il y a bien longtemps que ce pays n'est plus un pays de culture . En Haute Garonne la chasse aux artistes est ouverte depuis longtemps par le biais du harcelement moral des administrations à l'egard des artistes , nous sommes la plus meprisée des professions

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