L'historien Jacques Le Goff, spécialiste du Moyen-Âge, est décédé

Antoine Oury - 01.04.2014

Edition - Les maisons - Jacques Le Goff - décès - historien


L'écrivain et historien Jacques Le Goff est décédé ce mardi 1er avril, annonce sa famille. Le grand spécialiste du Moyen-Âge, auteur de dizaines d'ouvrages sur le sujet, avait considérablement fait progresser les connaissances et l'étude de cette époque historique en y appliquant une méthode anthropologique et ethnologique. Sans oublier l'économie, capitale.

 


 

 

Né le 1er janvier 1924, à Toulon, cet historien majeur s'est éteint à l'âge de 90 ans, à Paris, a annoncé sa famille. Le Goff découvre la discipline qui va occuper son existence dans les pages de l'Ivanhoé de Walter Scott, après des études en classes préparatoires. Il s'engage dans la Résistance, en admettant lui-même ne pas accorder trop d'importance aux guerres. Après un séjour à Prague, il passe son agrégation devant Fernand Braudel et Maurice Lombard, avant de se diriger Oxford ou le CNRS, préférant la recherche à l'enseignement.

 

Il cite fréquemment les historiens français de l'École des Annales, créée par Lucien Febvre et Marc Bloch, et plus particulièrement à Henri Pirenne. Sans oublier Claude Levi-Strauss, qui lui a fait comprendre la nécessité de nouvelles approches historiques du Moyen-Âge. Étudiant plusieurs aspects de la vie des individus de l'époque, il accorde un soin particulier aux rites religieux, selon lui essentiels pour comprendre le Moyen-Âge, et notamment son rapport à l'argent.

 

Aurélie Fillippetti a rendu hommage à l'historien : 

La passion de Jacques Le Goff était le Moyen Âge. Ses travaux l'ont amené à en étudier toutes les dimensions. Il s'attacha aux grandes figures historiques et sa biographie de saint Louis fait autorité. Mais il se pencha aussi sur les mouvements plus secrets de l'histoire, celle des transformations économiques, des familles intellectuelles et de la spiritualité. Dans la tradition de l'école des Annales, il illustra donc pleinement cette vision complète de l'histoire qui s'attache autant aux événements qu'aux mentalités pour décrire et comprendre une époque. La civilisation de l'Occident médiéval, somme magistrale de ses recherches, est un ouvrage indispensable pour rendre accessible cette période historique.

Mais Jacques Le Goff était aussi un homme de son temps. Refusant les carcans de la périodisation historique traditionnelle, il s'attachait systématiquement à déceler dans notre monde contemporain l'héritage souvent caché des périodes antérieures. Il a notamment mis en évidence les racines profondes de la construction européenne et le lien indissoluble qui la rattache à l'histoire de notre continent. Son travail d'historien s'est constamment accompagné d'un questionnement sur sa discipline, sur la manière dont on peut Faire de l'histoire, ouvrage de référence qu'il dirigea avec Pierre Nora.

 

 

Son premier livre, Les Intellectuels au Moyen Âge, a été publié au Seuil en 1957, et son dernier remonte à 2011, chez Perrin, consacré à Jacques de Voragine et la Légende dorée. Entre-temps, il aura publié une quarantaine d'oeuvres. Il fut également cofondateur des revues Annales, Histoire, Sciences Sociales et Storia e Dossier, une publication italienne.