L'homme de la résistance birmane, Win Tin, est mort

Nicolas Gary - 21.04.2014

Edition - International - Birmanie - Win Tin - dissident politique


A 85 ans, le journaliste birman U in Tin est décédé. Après avoir passé une grande partie de sa vie derrière les barreaux, il était hospitalisé depuis le 12 mars dernier, pour des problèmes respiratoires, rappelle l'AFP. C'est dans l'Hôpital général de Rangoun qu'est mort l'homme qui fut un proche conseiller d'Aung San Suu Kyi, leader de l'opposition. Il avait cofondé la Ligue nationale pour la démocratie, en 1988.

 

 

 

 

Entre 1989 et 2008, Win Tin fut incarcéré. Il aura passé plus de 19 années en prison, détenant le triste record de prisonnier politique le plus ancien de Birmanie. Sa libération coïncide avec une amnistie décidée dans le pays, suite à la tenue d'un référendum entérinant des réformes constitutionnelles. Près de 9000 prisonniers avaient été libérés à cette occasion.  

 

U Win Tin avait fait paraître chez Michel Lafon un ouvrage, Une vie de dissident, en octobre 2009, coécrit par Sophie Matibeaux, grand reporter de Radio France Internationale et spécialiste de l'Asie.

La Birmanie est dirigée depuis des décennies d'une main de fer par la junte. Le régime impose un quotidien menaçant et restrictif, orchestré par la violence. Malgré l'oppression, certains ont décidé de se battre avec pour armes l'intellect et la plume. Win Tin fait partie de ceux-là. Il choisit tout d'abord le journalisme, et finit par se résoudre à l'engagement politique. Il contribue à fonder la Ligue nationale pour la démocratie, à l'appel de Aung San Suu Kyi, future prix Nobel de la paix.

Win Tin est devenu une véritable gêne pour le gouvernement : ses convictions le conduisent dès 1989 derrière les barreaux d'Insein, où il passe près de vingt ans entre torture et isolement. Lorsqu'il sort de prison le 23 septembre 2008, à l'âge de 79 ans, il se lance de nouveau sans attendre dans le combat politique pour l'avènement de la démocratie. 

 

Son dernier ouvrage n'a pas encore été traduit en français. Paru en 2010 sous le titre What's that? A human hell, il racontait ses 7000 jours de prison, et les séances de tortures, de privation de nourriture. Il avait été plusieurs fois récompensé de prix internationaux durant ses séjours derrière les barreaux, rapporte Journal Metro.