L'homme révolté de Camus dans l'arsenal du tireur parisien

Julien Helmlinger - 03.12.2013

Edition - International - Abdelhakim Dekhar - Albert Camus - L'homme révolté


La littérature saurait-elle inciter à la violence ?  Pendant sa folle escapade parisienne, le « tireur » présumé, Abdelhakim Dekhar avait laissé derrière lui une valise. Le gérant de l'hôtel Rivoli où l'accusé avait séjourné le 18 novembre, maison située rue des Mauvais-Garçons, n'a pas tardé à remettre à la police. 

 

 

 

 

Dans le bagage en question, avec les papiers d'identité du forcené depuis mis en examen pour tentative d'assassinat, enlèvement et séquestration, les enquêteurs ont également retrouvé un exemplaire de L'Homme révolté, d'Albert Camus.

  

Dans la valise abandonnée, les enquêteurs ont pu découvrir deux lettres de Dekhar, dans lesquelles il évoquait « sa vision d'un complot ourdi par le grand capital et diffusé par les médias pour le retour du fascisme », ses dernières volontés, ainsi que le livre de Camus. L'essai du Nobel dont il est question, publié en 1951, traite notamment des thèmes du meurtre et de la révolte, ou encore de celui du suicide, sans oublier quelques mentions au concept d'éternel retour et au mythe de Sisyphe.

 

Tandis que le tireur présumé a fait valoir son droit au silence lors de son arrestation, que certains s'interrogent quant à un éventuel lien entre l'oeuvre littéraire et le passage à l'acte violent, une source proche de l'affaire aurait confié au Parisien : « Nous ne savons pas si Dekhar s'est inspiré ou a été influencé par ce livre avant de passer à l'action puisqu'il n'a rien voulu dire en garde à vue. »

 

S'il y a assurément des bouquins assommants, y en aurait-il de meurtriers ? Évidemment pas directement, mais leurs lecteurs en revanche peuvent se révéler imprévisibles. Habituellement on reproche plus facilement à la télévision ou aux jeux vidéo d'inciter à la violence, plutôt qu'aux livres. On passera volontiers outre le cas des ouvrages religieux, qui doivent sans doute battre des records d'incitation fanatique, mais l'Histoire n'est pas avare en anecdotes évoquant des crimes et autres folies qui auraient été inspirés par la littérature profane.

 

Par exemple, au cours du 18e siècle était notamment pointée une oeuvre du poète Goethe, Les souffrances du jeune Werther, qui aurait été la cause d'une vague de suicides en Europe. Dans les années 1940, Boris Vian se trouvait accusé d'être un assassin par procuration, alors qu'un homme avait tué sa maîtresse en laissant son exemplaire de J'irai cracher sur vos tombes à côté du cadavre. Ou encore le 8 décembre 1980, Mark Chapman assassinait John Lennon tandis qu'il portait avec lui son Attrape-coeur de Salinger...