L'Île-de-France, un territoire stratégique pour l'industrie du livre

Antoine Oury - 22.03.2013

Edition - Economie - emploi du livre - Motif - Ile de France


Première étude du genre, mais promise à une régularité au sein du MOTif, Observatoire du Livre et de l'Écrit en Île de France, l'approche à la fois économique et sociale du secteur du livre proposée par l'Observatoire, l'Insee et l'IAU (bureau d'études en aménagement et urbanisme du Conseil régional d'Île-de-France) dessine des secteurs et sous-secteurs douloureusement marqués par la crise économique, mais toujours dynamiques. 

 

 

De gauche à droite : Thuy-Diep Nguyen, Challenges (modé), Christine Parise (Asfored), Patrick Hernandez (Insee IdF), Carine Camors, Odile Soulard (IAU IdF) et Serge Guérin (MOTif)

 

 

Sitôt que l'on aborde le milieu de l'édition, et encore plus au Salon du Livre, l'accusation de parisianisme ne tarde pas à surgir. Sur le stand de l'Île-de-France, le premier chiffre marquant de l'étude du MOTif ne viendra pas contredire cette idée pas si reçue : 80 % des emplois de l'édition sont ainsi concentrés sur la région Île-de-France, sans que les études ne poussent le vice à évaluer le poids du quartier Saint-Germain dans ce pourcentage. L'édition représente par ailleurs la majorité des emplois du livre en IdF (43 %), suivie par l'imprimerie (38 %), la librairie (12 %) et la reliure (7 %).

 

Avec 28 % des emplois nationaux et 37 % du chiffre d'affaires du secteur du livre, l'Île-de-France est particulièrement prisée : si la capitale garde la main sur les maisons d'édition et les librairies, à la densité particulièrement élevée sur Paris, imprimerie et reliure sont plus réparties sur la région IdF. Logiquement, la région cumule donc à elle seule 37 % du chiffre d'affaires français du livre, soit 6,2 milliards €, qui comprennent également des revenus non liés directement au livre, néanmoins partie intégrante du secteur.

 

Établie à partir de chiffres de l'Insee recueillis à l'occasion de recensement ou de relevés plus spécifiques, l'étude prouve autre chose que la concentration des métiers du livre : « La chaîne du livre est un ensemble de maillons, et dès lors que l'un d'entre eux est affaibli, c'est toute cette chaîne qui est menacée », explique Carine Camors de l'IAU.

 

Le nécessaire renouvellement du secteur

 

C'est évidemment à la librairie que l'on pense, et, indéniablement, ce corps de métier est le plus malmené : si le métier est le plus jeune du secteur du livre, il reste également le moins rémunérateur avec 10,70 € l'heure, en moyenne. Imprimeries et reliures sont également confrontées à un impératif de reconversion, étant donné les nouveaux modes de communication, de partage et d'impression. Le secteur affiche également un âge moyen avancé, pour des actifs majoritairement masculins et peu qualifiés.

 

Si l'édition a plutôt le vent en poupe en Île-de-France, Patrick Hernandez, de l'Insee ÎdF, s'inquiète tout de même d'une atomisation qui, si elle n'est pas inédite, se poursuit avec une régularité de métronome : « La concentration de l'emploi se fait sur de très petites unités, quelques maisons d'édition qui dépassent les 200 salariés, et le poids de ces dernières a tendance à augmenter. À l'inverse, les petites maisons disparaissent très rapidement. En économie, on appelle cela "l'élimination du canard boîteux". » L'économie, médecine douce...

 

Le renouvellement du secteur, c'est l'objet même de l'Asfored, centre de formation du SNE, qui propose ses services « pour des formations sur des métiers aussi bien techniques qu'intellectuels », souligne Christine Parise de l'Asfored. Selon elle, les métiers qui embauchent sont évidemment ceux du numérique, les autres réservés aux créatifs, et Serge Guerin, du MOTif ajoute qu'un « iconoclaste » a toutes les chances d'intéresser rapidement le secteur du livre.

 

Le sociologue et président du MOTif depuis 2010 ajoute d'ailleurs qu'il y a bien, dans le secteur du livre également, une « french touch qu'il faut soutenir, encourager en favorisant les partenariats entre des structures parfois trop fermées sur elles-mêmes, y compris les start-ups. Il n'y a pas assez d'entreprises moyennes, certes, mais avant cela, il faut qu'il y ait des entreprises. »

 

 Le rapport de l'étude pourra être consulté sur le site du MOTif ou directement ci-dessous.

  Etude du MOTif : L'Île-de-France, territoire stratégique pour le livre (mars 2013) by ActuaLitté