L'impact de la crise sanitaire sur les ressources numériques des bibliothèques

Antoine Oury - 06.04.2020

Edition - Bibliothèques - ressources numeriques bibliotheques - bibliotheques numerique - crise sanitaire bibliotheques


La crise sanitaire et le confinement de la population, en France, auront mis en lumière, en quelques jours à peine, les importantes ressources numériques des bibliothèques des collectivités territoriales. Le ministère de la Culture a mené une enquête, les 25 et 26 mars dernier, pour tirer quelques enseignements de cette période particulière. Si les usages ont bien sûr connu, dans l'ensemble, une hausse importante, de nombreux établissements soulignent les limitations budgétaires.

Kobo Aura One
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


620 réponses reçues en deux jours, en provenance de bibliothèques de toute la France, y compris de l'outre-mer : le succès de l'enquête expresse du ministère de la Culture rend compte de l'intérêt des établissements pour les ressources numériques, cruciales en cette période de confinement. Sur les 531 réponses retenues au final, on compte, parmi les répondants, 62 bibliothèques départementales, 116 bibliothèques intercommunales et 353 bibliothèques municipales.

65 % des répondants ont une offre numérique en propre ou une offre mixte, où se retrouve aussi l'offre de la bibliothèque départementale, avec des ressources très variées, qui vont de l'autoformation aux livres numériques en passant par la musique ou la vidéo à la demande.

Première observation de l'enquête, le rôle primordial d'un établissement départemental pour assurer l'accès aux ressources à un maximum de bibliothèques : « L’analyse des commentaires des répondants permet de souligner une certaine hétérogénéité de l’offre proposée, en fonction de la taille des établissements. Ainsi, si les bibliothèques des collectivités de moins de 10.000 habitants peuvent souvent bénéficier de l’offre proposée par la bibliothèque départementale, d’autres bibliothèques de taille moyenne n’ont pas accès à cette offre départementale et peinent à développer une proposition riche avec leurs propres moyens. »

Disposer de ressources numériques coûte cher : 25 % des bibliothèques de l’échantillon envisagent d’augmenter le budget consacré aux ressources numériques pour faire face à l’augmentation des usages observé pendant le confinement. Pour 24 % des établissements, « aucune enveloppe budgétaire supplémentaire n’est envisageable et les bibliothèques doivent, si elles veulent renforcer leur offre, redéployer leur budget existant », souligne le ministère. Reste évidemment à voir, aussi, si les usages observés pendant le confinement perdureront après un retour à la normale...



Les offres VàD (vidéo à la demande), en particulier, sont signalées comme des modèles « très cher[s] » par les bibliothécaires, qu'il est difficile d'adapter selon les usages. Le prêt de livres numériques via le système PNB pose lui aussi toujours des problèmes : outre le prix et limitations d'usages, les difficultés techniques et ergonomiques liées à l'utilisation du verrou numérique d'Adobe empoisonnent la vie des usagers et des bibliothécaires. La DRM LCP, plus légère, devrait être installée en 2020, pour enfin réduire cet impact délétère.


 

Une hausse importante des usages et des inscriptions


Sans surprise, l'entrée en confinement de la population a vu l'usage des ressources numériques exploser, littéralement, pour certains établissements, avec des chiffres qui doublent, voire triplent : « 68 % constatent une augmentation des usages pour l’ensemble ou une partie de leurs ressources numériques depuis le début du confinement. »

Les données sont toutefois à nuancer, car une partie des établissements ne dispose pas de statistiques d'usages, et n'a donc pas pu mesurer de hausse particulière. Parfois, certains comportements déroutent un peu, et faussent les résultats : ainsi, le nombre de comptes VoD créés a augmenté, mais pas forcément le nombre de films visionnés.

Corollaire de la demande en hausse, de nombreux établissements ont remarqué une hausse des demandes d'inscription : 43 % des bibliothèques sont concernées et 24 % connaissent une hausse importante de ces demandes. Par ailleurs, 79 % des bibliothèques départementales constatent une augmentation des inscriptions à leur offre en ligne, et 38 % pour les bibliothèques municipales et intercommunales. 
 
36 % des établissements, pour répondre favorablement à cette demande, vont mettre en place de nouvelles modalités d'inscription, notamment à distance. 

En conclusion, l'étude du ministère constate que le confinement s'avère être « une période importante pour le renforcement des usages des ressources numériques et un certain nombre de bibliothèques considèrent cette situation comme une opportunité pour faire valoir leur offre à distance ». D'autres discussions devront se dérouler à la sortie du confinement, comme les questions budgétaires et techniques.




Commentaires
Hélas, en effet, tant que l’offre PnB restera un parcours du combattant pour le lecteur (et le bibliothécaire !) la lecture numérique via les bibliothèques ne pourra se développer... Si cette crise pouvait accélérer l’amélioration du service (depuis combien d’année nous promet-on des DRM allégés avec les DRM-LCP et une appli de lecture qui puisse se connecter aux catalogues des bibliothèques sans que ces projets n’aboutissent ?)... En Amérique du Nord tout cela est au point depuis belle lurettte (voir Overdrive et son appli Libby).

Encore une occasion manquée ?
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