L'impact écologique, un nouveau paramètre pour l'édition

Clément Solym - 22.03.2012

Edition - Société - environnement - impression - écologie


Le monde de l'édition, comme les fabricants d'électronique ou l'industrie automobile, ne peut plus ignorer les implications environnementales de son activité : Hachette compte faire figurer dès avril le « poids » en CO2 de chaque ouvrage, tandis qu'Editis réfléchit à une signalétique particulière. Géants comme indépendants s'engagent pour une édition plus écologique, alors que le numérique n'est toujours pas la panacée en la matière.

 

Dès le mois d'avril, les livres édités par Hachette afficheront leur bilan carbone, estimé grâce à « un système de calcul informatisé qui intègre tous les éléments en amont : le papier utilisé, la distance entre le papetier et l'imprimeur, l'impression elle-même, et enfin le transport entre l'imprimeur et le centre de distribution de Hachette » explique Ronald Blunden, le Directeur de la communication et du développement durable du premier éditeur français.

 

 

Cela fait un petit moment que Hachette s'intéresse au bilan carbone de ses activités. En 2010, le groupe avait dévoilé son bilan carbone, réalisé par la société Carbone 4. Il s'élevait en 2008 à 210 000 tonnes équivalent carbone, dont 70 % constitués par la seule fabrication, puis 17 % pour distribution, 10 % pour la conception du livre et 2 % pour sa diffusion. « Depuis le 1er janvier, chaque devis est double : un exemplaire est chiffré en €, et l'autre en équivalent CO2 » précise par ailleurs Ronald Blunden.

 

Une phase expérimentale

 

Arnaud Valette, chargé de la Commission Environnement du Syndicat National de l'Édition (SNE), nous éclaire sur cet affichage du bilan carbone : « Le SNE participe à l'expérimentation de cet affichage, en collaboration avec l'UNIC (Union Nationale de l'Imprimerie et de la Communication), affichage qui a pour but l'élaboration de bonnes pratiques, sur des bases neutres et claires, qui laissent des possibilités en termes de stratégies commerciales. » Ce n'est donc clairement pas un protocole de Kyoto qui imposerait un seuil maximal de CO2 aux éditeurs.

 

Au contraire, Arnaud Valette insiste sur le côté expérimental de l'affichage environnemental, qui « dépasse la question du bilan carbone ». Explication : il existe en fait 2 types de méthode : le bilan carbone, donc, qui s'applique plus spécifiquement aux entreprises et aux communautés humaines, et l'affichage environnemental, qui concerne les produits et aux services. « Ces méthodes sont faites avant tout pour avoir une idée chiffrée d'un impact environnemental, dans le but de le réduire » complète Arnaud Valette, avant de nous mettre en garde contre « le danger que ces méthodes soient utilisées de façon comparative ».

 

En tant que consommateur, difficile, effectivement, de ne pas se livrer corps et âme au petit jeu de la comparaison : de là à préférer un titre à un autre, il y a encore de la marge. La comparaison serait même hasardeuse, puisqu'il existe « différents moyens de mesure internationaux, bien que le bilan carbone se destine à la standardisation » : aux États-Unis, le bilan carbone du livre atteint rapidement 3 ou 4 kilos, tandis que Hachette l'estime à 1,3 kilo pour un livre de 400 grammes. Le bilan carbone, plus un outil de réflexion interne, finalement, qu'une information à destination du lecteur, qui sera bien en peine pour s'imaginer ce que représente 1,3 kg d'équivalent CO2.

 

Quelles solutions pour réduire son empreinte carbone ?

 

La lecture numérique constitue également un enjeu de taille pour la réduction de l'empreinte écologique de la chaîne du livre : si l'on se doute bien que les composants électroniques de telle tablette ou de tel reader ne représentent pas le summum du développement durable, le flou est encore de mise sur l'ebook lui-même. « Personne n'a pu fournir l'affichage environnemental du livre numérique, parce qu'il n'y a pas de méthode d'évaluation : par exemple, faut-il considérer uniquement le fichier, ou bien toute l'infrastructure mise en place pour le distribuer ? » note Arnaud Valette. Sachant que les technologies de l'information et de la communication, tout en réduisant les déplacements physiques,  génèrent autant de dégagements de CO2 que le transport aérien, le résultat en serait bouleversé...

 

L'impression à la demande pourrait constituer une solution simple et plutôt efficace : Ronald Blunden nous confie qu'elle « marche très bien » pour Hachette Livres, qui fait appel à une filiale détenue à 50 % par le groupe. Cependant, la méthode est bien évidemment limitée aux « livres à la rotation lente », c'est-à-dire très peu demandés. Le client passe la commande auprès du libraire, et la livraison est assurée dans les 48 heures. Il n'y a « pas de stock, donc aucune perte de matière », ajoute le représentant de Hachette Livres qui précise aussi que le pilon « est vertueux, pour le coup, avec 100 % de la matière recyclée ». 

 

Peut-être un peu trop radical, comme solution, quand même...