“L'important, c'est de donner aux enfants des mots pour comprendre le monde”

Nicolas Gary - 14.02.2019

Edition - International - reine Belgique Bruxelles - littérature enfants vocabulaire - littérature mots attentats


FLB19 – Événement inédit, la reine Mathilde d’Udekem d’Acoz s’est rendue à la Foire du livre de Bruxelles. Une rencontre inédite en présence de Paul Verwilghen, chef de cabinet de la ministre de la Culture, Alda Greoli. Et l’occasion d’aller à la rencontre d’auteurs…
 
Mathilde d’Udekem d’Acoz
© J. Van Belle - WBI 


Ce sont trois auteurs que la reine a pu rencontrer sur le stand de la Fédération Wallonie Bruxelles — chacun ayant prévu un cadeau. Adeline Dieudonné, Jeanne Ashbé et Alain Munoz avaient prévu un livre dédicacé, avec une spécificité, et un certain message. 

Adeline Dieudonné avait de côté son premier ouvrage, la pièce de théâtre Bonobo Moussaka, tout premier texte de l’auteur. Le bédéiste Alain Munoz avait choisi pour l’occasion D’ailleurs, un roman graphique avec pour thème la guerre d’Espagne.

Nadin Vanwelkenhuyzen, directrice générale adjointe de la Fédération Wallonie Bruxelles, parle d’un moment « fort entre les auteurs et la reine. Elle était réellement impressionnée par la diversité de la production éditoriale belge et le dynamisme de la création littéraire ».

Pour la FWB, cette visite au cadre très protocolaire avait bien des implications : « On parle du 50e anniversaire de la Foire, mais également de l’invitation de la Flandre comme hôte d’honneur. La conjonction de ces éléments a manifestement conduit à la visite royale, qui n’avait pas eu lieu depuis des années. »
 

Parler des enfants, aux enfants


C’est Jeanne Ashbé qui en gardera le souvenir le plus ému. L’ouvrage qu’elle a choisi pour la reine, La fourmi et le loup est, de son propre aveu, un livre « en lien avec l’époque ».

jeanne ashdé
Jeanne Ashbé

 
L’histoire d’une toute petite foumi qui va croiser l’histoire du Chaperon rouge sans rien y comprendre, est celle « de la faculté de résilience des tout petits, qui se montrent extraordinairement capables de passer à travers les épreuves traumatiques », explique-t-elle à ActuaLitté.

Après les attentats du 22 mars 2016 en Belgique, l’auteure s’est lancée dans la rédaction d’un conte. « Les enfants sont tout autant frappés que les adultes dans une situation comme celle des attentats. Quels mots peuvent-ils mettre sur ces choses ? La charge affective que transmettent les adultes est extrêmement forte », relève l’auteure.

« Or, au-delà des mots, c’est un besoin d’être rassuré qui prime : que les adultes soient en mesure de conserver leur sérénité, malgré les drames, tout en poursuivant leur tâche éducative. Pour un enfant de six ans, il existe peu de mots compréhensibles pour décrire ce qui, aux yeux des adultes, est déjà terriblement absurde. »
 

Réécrire l'histoire du Petit chaperon rouge, fameux exercice


La réécriture du petit chaperon rouge devenait une évidence : « On parle tout de même d’un meurtre, auquel la fourmi assistera, sans en prendre la mesure. Elle ne va en retenir que ce qui lui permet de rester en vie, active. »

Fourmi loup
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Dans ce conte, la fourmi passera d’une toute petite maison à la première page, pour aboutir à une plus grande, à la fin de l’album. « Pour moi, il s’agit d’une allégorie de ce que tant d’enfants vivent aujourd’hui, dans le cas de parents qui se séparent : ils passent d’une maison à une autre. Si l’on file la métaphore, c’est aussi la vie que les migrants connaissent : le départ, le voyage, les souffrances, et parfois la destination. »

Offrir un pareil ouvrage à la reine avait donc des échos très forts, en lien avec le pays. « De ce que je sais d’elle, la reine est particulièrement touchée et engagée dans les causes qui touchent à la jeunesse. La résilience des enfants que la vie n’a pas épargnée, c’est l’une de ses missions. » Il suffit de retrouver le conte, pour s’en rendre compte…

Jeanne Ashbé est elle-même investie dans une mission plus vaste : l’accès à la lecture. Son livre Bon... a été offert à plus de 55.000 bébés — 100.000 le recevront finalement, dans le cadre d’une grande opération en faveur de la lecture. Le tout soutenu par une vidéo, montrant comment l’accompagnement de la lecture peut se faire.
 


« L’important, c’est de comprendre qu’il nous faut des mots, pour penser, et que soutenir toute initiative qui vise à cela, c’est essentiel. L’accès à une multitude de contenus, très rapidement, ne fait pas de nous des gens meilleurs aujourd’hui. Au contraire : nous ne pouvons les comprendre et les assimiler qu’à condition d’avoir les mots pour réfléchir, penser, comprendre », explique-t-elle à ActuaLitté.

La fourmi et le loup n’en serait finalement qu’un autre exemple : « Ce qui prime, c’est de partager la lecture, dès le plus jeune âge, pour stimuler les enfants. Même à six mois, ils perçoivent l’importance de la lecture et ce qu’elle apporte. Depuis des années, je fais de la lecture pour les enfants : on partage des moments de grâce qui sont stupéfiants. Lire à des bébés, c’est faire l’expérience de ce qu’aucun smartphone ne peut prodiguer. »
Et de conclure : « Ces téléphones sont les baby-sitters gratuits des parents, avec des contenus qui sont intéressants. Mais 95 % du temps, ce ne sont certainement pas les choses stimulantes que les enfants consultent. »


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