L'impossible histoire de Julian Assange, l'Australien qui "a niqué" les USA

Nicolas Gary - 13.09.2014

Edition - International - Julian Assange - Wikileaks biographie - Etats-Unis


Julian Assange est devenu l'homme à abattre, avec Wikileaks, mais a surtout généré plusieurs ouvrages. Au moins un ne sortira jamais, pour lequel Peter Carey avait été sollicité. Ce double lauréat du prix Booker avait refusé de devenir le nègre pour l'écriture des mémoires de son compatriote australien, comme il vient de le révéler.

 

Julian Assange, WikiLeaks, at New Media Days 09

New Media Days, CC BY SA 2.0

 

 

C'est son éditrice américaine, Sonny Mehta, qui l'avait sollicité pour cette co-écriture, pour lui proposer ce travail. Mais intérieurement, Carey a rapidement fait le calcul : « Ça ne marcherait pas. » Et finalement, c'est à Andrew O'Hagan, autre romancier, que la tâche fut confiée. Et la suite des événements a démontré à Carey que sa prudence avait été de bon augure. 

 

« Quand Assange est apparu [sur la scène publique], ma première pensée fut “Il est Australien”. Personne n'a vraiment pris ça en compte. Ce que j'envisageais alors, c'était que les Américains avaient baisé les Australiens, alors, [Assange] les avait niqués à leur tour. » Et les Américains n'ont pas vraiment apprécié ce retour de bâton – ou de boomerang...

 

D'autant qu'O'Hagan avait, récemment, dévoilé qu'Assange lui-même n'était pas chaud pour ce livre. Depuis le début, raconter l'histoire de sa vie ne l'enthousiasmait pas du tout – et surtout pas avec un nègre. Il avait alors tout déballé sur cette tentative d'autobiographie ratée : « L'homme qui s'était chargé de divulguer les secrets du monde ne pouvait tout simplement pas supporter les siens. L'histoire de sa vie le mortifiait, et le pousser à s'excuser. » Canongate, l'éditeur, avait vendu les droits dans plus de 40 pays, pour un montant total de 2,5 millions $. 

 

L'absence totale de coopération a rendu le travail d'O'Hagan, totalement impossible, et Assange voyait ce livre comme une sorte de témoignage obscène, à mesure que le temps passait. Sans ses avocats, il n'aurait jamais accepté : les revenus du livre et de l'à-valoir allaient lui permettre de payer les procès, on ne pouvait s'asseoir sur une pareille manne. Les deux hommes sont restés en bons termes, mais aujourd'hui, le livre fait partie des échecs éditoriaux majeurs.

Julian Assange aurait finalement été « totalement choqué » à l'idée que sa propre vie personnelle puisse ainsi être dévoilée au grand public, comparant dans ses propos la rédaction de mémoires avec un acte de prostitution. Sans l'aval du fondateur de Wikileaks, la maison d'édition écossaise, Canongate, frustrée de la non-collaboration de l'auteurs qui en sus ne remboursa pas son avance, décida de publier une autobiographie non autorisée. Cependant ce livre ne connut pas le succès escompté, s'écoulant à 700 copies seulement en sa première semaine sur les étals des libraires. Un flop. (voir notre actualitté)

 

Amazon et Hachette, une autre affaire

 

Carey s'est également épanché sans tendresse sur le cas Amazon/Hachette Book Group. Selon lui, les éditeurs du pays ont, historiquement, bossé pour Amazon – parce que l'acteur représentait, dans un premier temps, une alternative aux grandes enseignes de librairies. Mais aujourd'hui, au cœur du conflit, « la vérité est un peu plus compliquée que de dire, ce sont des connards chez Amazon et les éditeurs sont des saints ». On ne l'aurait pas mieux dit. 

 

D'ailleurs, ces derniers devraient commencer à se soucier un peu plus de ceux qui font les livres, alors que les éditeurs travaillent à réduire les coûts, pour la production d'ebooks, et que les écrivains gagnent de moins en moins. « Les éditeurs font évoluer de mieux en mieux leurs pertes et profits, et donnent un montant de rémunération qui s'améliore, par rapport à ce qu'ils filent sur les livres numériques. » (via The Bookseller, sosu abonnement)

 

Depuis deux ans, maintenant, Julian Assange vit reclus à Londres, dans l'ambassade d'Équateur, qui a accepté de le recueillir. Il doit faire face à une procédure d'extradition vers les États-Unis, où il devra répondre de Wikileaks, mais également d'une autre, dans le cadre d'une agression sexuelle, en Suède.