L'impossible retour en Inde de Taslima Nasreen, rendu possible

Clément Solym - 07.08.2014

Edition - International - Taslima Nasreen - Inde gouvernement - visa islamistes


Pour avoir trop vivement revendiqué son droit à penser différemment, l'auteure et féministe Taslima Nasreen a dû partir en exil. Aujourd'hui plus prudente dans ses déclarations concernant les islamistes fondamentalistes, elle marche sur des oeufs. L'enjeu est simple : une nouvelle incartade trop violente, et l'Inde lui refusera de nouveau son visa de retour. 

 

 

 

 

 

Il ne s'agit pas de résignation, ni d'acceptation : simplement, explique-t-elle, le temps a passé et loin de s'être assagie, elle a su tempérer ses ardeurs. Sauf que, chasser le naturel, et voilà qu'il revient au triple galop. Et l'offre du Premier ministre indien, Narendra Modi, a passablement déçu l'auteure. Le gouvernement indien ne lui propose en effet qu'un visa de deux mois, reposant sur les conditions accordées aux touristes. 

 

Dans la presse, elle explique son immense déception. « Je veux vivre en Inde... Où puis-je aller ? Je suis une citoyenne d'Europe, et résidente permanente des États-Unis, mais j'ai choisi de vivre en Inde en raison des liens culturels. Même si le Bangladesh me permet de revenir maintenant, je persiste à vouloir vivre en Inde le reste de ma vie. »

 

Au cours des 20 dernières années, elle a pu faire des rencontres qui lui démontrent que ses relations les plus fortes se trouvent en Inde. Et de recevoir ce visa de tourisme, comme une sorte de mise à l'épreuve, l'a profondément blessée. « Je ne suis pas certaine, mais le ministre de l'Intérieur a promis qu'il le changera en un permis de résidence à long terme. À moins qu'il ne change d'avis, je garde bon espoir d'obtenir ce visa long terme. » 

 

Après deux décennies d'exil, le temps paraît long, et ce visa de tourisme, qui a débuté le 1er août, lui pèse. D'autant plus que ses interrogations sur la société indienne restent fortes : comment autoriser un homme à avoir quatre épouses, quand une seule d'entre elles ne possède pas la moitié des droits d'un homme ? 

Aujourd'hui âgée de 52 ans, ayant fui l'Inde en 1994, contrainte par les intégristes, elle a malgré tout pu rencontrer le ministre de l'Intérieur, qui l'a assurée de la mise à jour de son visa prochainement. « J'ai vu [Rajnath] Singh samedi, et il m'a assuré que mon séjour en Inde sera étendu. Je lui ai donné mon livre Wo Andhere Din [Ces jours sombres], et il m'a répondu que ces jours sombres étaient finis. »

 

Elle déplore pourtant que même son éditeur, ou les intellectuels du Bangladesh, n'aient pas gardé contact avec elle, lorsque ses relations avec l'Inde furent rompues. « Je suis vraiment étonnée que les gens de Calcutta, connus pour des positions justes, aient préféré garder le silence. Mais en même temps, je dois admettre que me suis habituée à cela. Il n'y avait pas beaucoup de voix pour me soutenir, quand je me suis fait jeter de mon foyer. »

 

La fin de l'ostracisme serait prochaine ?