L'incroyable casse des manuscrits du Lambeth Palace

Julien Helmlinger - 26.04.2013

Edition - International - Lambeth palace - Livres volés - Bibliothèque


La résidence officielle de l'Archevêque de Cantorbéry, le Lambeth Palace situé à Londres, est notamment réputée pour héberger une collection d'ouvrages historiques de premier ordre. Sa précieuse bibliothèque, fondée en 1610, a été témoin d'un crime, un vol majeur de livres, demeuré longtemps un opaque mystère que nul investigateur n'allait percer à jour. Et ce, jusqu'à cette date, courant février 2011, où une lettre cachetée aussi inattendue que post-mortem allait laisser pantois le personnel du sanctuaire.

 

 

 

 

Dés les années 1970, le personnel de la bibliothèque faisait état de disparitions d'ouvrages précieux. Néanmoins, ses membres n'étaient pas en mesure de désigner ni le coupable, ni même l'ampleur des pertes. Les dispositifs de sécurité en ce temps-là n'étaient pas aussi pointus qu'aujourd'hui, et pendant 35 années, les enquêtes se révélèrent infructueuses.

 

Jusqu'à ce jour où l'avocat du défunt coupable, ancien membre du personnel, allait leur faire parvenir une lettre de repentance ainsi que l'adresse de la maison du larron.

 

Un millier de livres précieux, recelé au fond du grenier

 

Declan Kelly, directeur des bibliothèques et archives de l'Église d'Angleterre, a confié que l'équipe a été frappée de stupéfaction : « Un couple de mes collègues a grimpé dans le grenier. Il y avait des piles jusqu'au plafond avec des boîtes pleines de livres. J'avais une liste de 60 à 90 livres manquants, mais de plus en plus de boîtes continuaient de descendre. »

 

Dans ces boîtes, se trouvaient réunis près d'un millier de volumes, ayant appartenu pour la majeure partie d'entre eux à trois archevêques ayant exercé au cours du 17e siècle dans le diocèse : John Whitgift, Richard Bancroft et George Abbot.

 

Au sein de ces lots, des oeuvres prestigieuses, et notamment une des premières éditions richement illustrées de la seconde partie du Henry IV de Shakespeare, ainsi qu'un exemplaire de l'America de Theodor de Bry, comportant des chroniques d'expéditions à la découverte du Nouveau Monde, parmi des ouvrages médicaux comme The French Chirurgerye.

 

Selon les experts, il s'agirait tout bonnement du plus grand casse de livres des dernières décennies, pour un butin de papier ancien estimé à hauteur de plus de 150.000 livres sterling, rien que pour l'America, et 50.000 pour Henry IV.

 

L'identité du coupable, maintenue dans le secret

 

Quand on songe que le livre de poche n'était pas trop à la mode sous l'ancien régime, on est en droit de s'étonner qu'un membre du personnel ait pu occasionner la fuite d'autant d'ouvrages sans se faire mettre la main au collet. Mais comme le palace avait connu des dégâts importants des suites des bombardements, au cours de la Seconde Guerre mondiale, certains ouvrages manquant à l'appel ont dû être mis par la suite sur le compte des oeuvres incendiaires de la Werhmarcht.

 

Maintenant que lumière est faite sur cette enigme, la direction de la bibliothèque, satisfaite des excuses post-mortem obtenues du coupable, a fait le choix de ne pas révéler son identité, arguant de vouloir respecter ainsi la réputation de sa famille. Tout est bien qui finit bien ? 

 

Certains observateurs sceptiques suggèrent que cette loi du silence pourrait cacher d'autres détournements du même type, mystère...