L'Inde, terre promise des éditeurs

Clément Solym - 25.04.2012

Edition - International - Inde - Edition - Demande


Avec ses millions de lecteurs en langue anglaise, et un secteur numérique à l'état de gestation, l'Inde représente une formidable opportunité pour le marché du livre imprimé en langue anglaise.

 

On connaît la vitalité économique de l'Inde. Malgré une monnaie soumise à une rapide dépréciation, la Banque Centrale indienne prévoit une croissance de 7,3 % pour l'année fiscale 2012-2013. Le taux d'alphabétisation est par ailleurs en nette hausse dans le pays, ainsi que la part d'Indiens parlant anglais... ce que le New York Times appelle  « la lingua franca de la croissance économique ».

 

La question de la langue

 

Mita Kapur, fondatrice de l'agence littéraire Siyahi, constate la belle vitalité de l'industrie du livre dans son pays.  « Il y a bel et bien eu une énorme augmentation de la taille de l'industrie en terme de ventes de livres et de livres publiés ». Elle estime que le nombre de livres publiés en langue anglaise augmente de 30 % par an.

 

 

De plus, la demande de contenus en langue anglaise augmente rapidement, suite à la multiplication des publics s'exprimant dans cette langue. « On trouve une toute nouvelle génération, qui vient des BPO [ pour Business Process Outsourcing, des sous-traitants auxquels les entreprises se réfèrent sur place pour effectuer certaines tâches, comme le recrutement, la formation, etc... ndlr] qui commencent à lire en anglais, et c'est ce qui crée une nouvelle demande », estime Priyanka Malhotra, directrice de Full Circle Publications.

 

Petits ou gros éditeurs, même attractivité

 

Les maisons d'édition se multiplient, et l'arrivée des gros joueurs dans le pays est aussi significative de cette évolution. Le groupe Hachette, sous la bannière Hachette Book Group India, s'y est implanté officiellement en mai 2008. Bloomsbury et Simon & Schuster ont  déjà fait part de leur intention de s'y installer. Penguin, Harpercollins, Random House ou Macmillan sont, pour leur part, des acteurs depuis longtemps établis sur le territoire indien.

 

Les petits éditeurs profitent eux aussi de cette importante demande. « L'Inde est devenue un de nos marchés les plus dynamiques  depuis que nous avons élargi notre distribution à Penguin India l'année dernière, avec des ventes qui augmentent de 500 % », affirme Juliet Mabey, de Oneworld.

 

Une nouvelle génération d'auteurs

 

Le New York Times décrit l'attractivité des ouvrages de fiction brochés, vendus à petits prix dans le pays. Ce genre est donc très apprécié par les lecteurs indiens. Ils coûtent en moyenne entre 1,90 et 2,50 $, et sont souvent écrits par de jeunes auteurs.

 

À ce titre, le cas de Chetan Bhagat, auteur du besteller Revolution 2020, est intéressant. Il semble qu'à lui seul, son roman soutienne la croissance des ventes de fiction pour adultes en Inde. On retrouve Steve Jobs en tête des ventes d'ouvrages hors fiction, et les aventures de Wimpy Kid (dont, décidément, le succès ne semble pas avoir de frontières, voir notre actualitté) pour les ouvrages destinés aux enfants, qui complètent le podium.

 

Kanishka Gupata, fondateur de l'agence Writer's Side, estime que la publication du roman de Chetan Bhagat a été une véritable déferlante sur l'édition en Inde. « Il fait partie d'une nouvelle génération d'auteurs qui veulent écrire des livres qui s'adressent réellement à un large public indien, et accordent peu d'importance au mérite littéraire et à la reconnaissance. Des maisons d'édition chargées de publier de genre d'ouvrages se sont multipliées partout dans le pays, et de grosses multinationales ont dû remiser leur élitisme et rentrer dans le jeu ».