Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'indépendance de l'Ecosse, une menace pour l'industrie du livre

Nicolas Gary - 17.02.2014

Edition - Economie - industrie du livre - Ecosse - taux de TVA


L'Écosse vit de sombres heures, et une forme de chantage monétaire assez déplorable : soit le pays devient indépendant, et dans ce cas, perd le bénéfice de la livre sterling, soit tout s'arrête, et les deux pays repartent bons amis. Cette pression exercée par la Grande-Bretagne sur les Highlands entraînerait un véritablement bouleversement, si la menace était mise à exécution. Surtout que, dans le monde du livre, un autre problème vient de poindre : le taux de TVA, actuellement de 0 %, pourrait disparaître, en cas d'indépendance de l'Écosse…

 

 

P8253238

Fenêtre d'action très réduite...

jthoel, CC BY 2.0

 

 

Avec 350 millions £ de chiffre d'affaires annuels, l'Écosse fait donc face à une question particulièrement épineuse. Les actuels accords pourraient tout à fait disparaître derrière l'approche de l'indépendance, à moins que les négociations ne parviennent à maintenir la dérogation dont le Royaume-Uni bénéficie - et qui rejaillit sur le territoire dans le même temps. 

 

Le Herald Scotland rappelle qu'une centaine d'éditeurs locaux font vivre le marché du livre, la plupart de petites entreprises. Mais qui seront toutes impactées par les règles européennes, qui fixent une TVA réduite de 5 % maximum. Or, outre-Manche, le taux est de 0%, une négociation sévèrement menée par nos voisins, qui n'ont accepté d'entrer qu'à cette seule condition, et du bout des lèvres, dans l'Union européenne. 

 

L'Écosse pourrait alors regretter de n'être pas intervenue dans les discussions de l'époque, car son privilège pourrait tout à fait être aboli. Hugh Andrew, directeur des éditions Birlinn, est affolé : « Créer un différentiel de prix sur le marché de langue anglaise serait potentiellement fatal à l'industrie du livre écossais. »

 

Et dans le même temps, ce sont d'énormes charges administratives qui se profileront, dans l'idée que soit instauré un régime fiscal différent de celui mis en place. «  Le gouvernement écossais ne peut donner aucune garantie sur le fait que cette dérogation soit maintenue. Ce sera l'un des objets de la négociation. Et sans cette garantie, les moyens de subsistance de milliers d'écrivains écossais, d'éditeurs, de distributeurs et de détaillants, seront alors menacés. »

 

L'autre problème, c'est que l'exportation représente, pour certaines maisons, une grande part du chiffre d'affaires, comme ce peut être le cas pour Edinburgh University Press. La maison deviendrait sinon moins rentable, du moins peu concurrentielle. Et les autres éditeurs sur le même segment n'auront pas de question à se poser. 

 

Pour le grand public, et en l'absence de prix unique du livre sur les territoires britanniques, la différence pourrait ne pas être très visible. Pourtant, le prix de vente public des ouvrages répercuterait assez aisément les prix, rehaussés de 5 % : charge aux éditeurs de savoir s'ils absorberont ou non les coûts. « S'il y avait une hausse du prix des livres, dans son ensemble, il pourrait en résulter une diminution de la production de livres, une baisse des revenus pour les auteurs et traducteurs, et en cas de baisse des ventes, les entreprises seraient en danger », souligne Marion Sinclair, directrice générale de Publishing Scotland. 

 

Entre les deux pays, les taux différents compliqueront bien entendu les échanges commerciaux. Et si l'Union européenne avait cédé sur la TVA à 0 % pour la Grande-Bretagne, elle est aujourd'hui particulièrement hostile à l'introduction de ce même taux, dans les négociations impliquant de nouvelles adhésions. Ce fut le cas de la Croatie, l'an passé.

 

Pour l'heure, le gouvernement écossais est bien en peine d'apporter la moindre ébauche de réponse…