L'industrie de l'édition au rang des victimes du conflit syrien

Julien Helmlinger - 01.10.2013

Edition - International - Edition - Industrie - Syrie


Au sein du marasme syrien, tandis que plus de 115.000 personnes auraient été tuées depuis le début du conflit il y a deux ans et demi, le macabre décompte des victimes concernerait également le secteur de l'édition national. Des écrivains et éditeurs ont choisi de quitter leur pays, rejoignant les quelques deux millions de réfugiés, et si d'autres acteurs de la chaîne du livre demeurent, ils doivent néanmoins faire face à bien des difficultés. Samer al-Kadri, éditeur, estime que l'édition nationale ne pèserait plus que 10 % de son poids d'avant conflit.

 

 

 Stand Bright Fingers lors de la Sharjah Book Fair 2012

 

 

Comme l'explique le poète et éditeur Osama Esber, fondateur des éditions Dar Bidayat, basées à Damas, l'industrie de l'édition locale est touchée de plein fouet par la hausse du dollar, valeur à laquelle est liée le coût du papier. La ressource n'est pas la seule à avoir vu son prix grimper, et même quand une maison peut assumer financièrement une publication, il reste que le danger la guette dans la rue au moment d'aller à la rencontre de ses partenaires professionnels.

 

Tandis que les imprimeries se trouveraient majoritairement situées dans des quartiers sévèrement touchés par la guerre civile, Esber confie avoir déjà fait imprimer des ouvrages qu'il ne fut pas ensuite en mesure d'entreposer en librairie.

 

Quant à Samer al-Kadri et son associé Gulnar Hajo, fondateurs de la Bright Fingers Publishing House, ils ont opté pour la relocalisation en Jordanie, avant d'atterir à Istanbul. Ils confient : « La maison d'édition a perdu beaucoup d'argent et nous avons perdu beaucoup de livres. Ils ont été détruits pendant les bombardements menés par al-Assad et ses forces. »

 

Pour eux, l'incapacité de se rendre à des foires et autres difficultés de distribution ne leur permettaient plus de produire autant de livres que par le passé. Sur ce qui était initialement leur marché principal, la Syrie, voilà un an et demi qu'ils ne vendent plus rien. Le coût des livres aurait été multiplié par trois dans le pays, selon al- Kadri, en conséquence de quoi les éditeurs locaux se focaliseraient sur l'écoulement des stocks. 

 

La clientèle de l'industrie serait désormais restreinte, affirme Elber, les gens n'auraient plus le temps, ni l'attention nécessaire, ou les moyens d'acheter des livres. Il resteraient davantage confinés devant leur écrans lorsqu'ils ont accès à l'électricité. Et si l'on dénombre encore des libraires, ceux-ci seraient confinés à Damas ou dans les villes côtières comme Tartous et Lattaquié.

 

Elber pointe en outre le fait que des associations d'auteurs, comme l'Union des écrivains, sensées autrefois garantir la liberté d'expression, se trouvent désormais impliquées dans la censure. Bien malgré ces difficultés, ces acteurs syriens du monde du livre restent confiants en l'avenir. Ils se projettent déjà dans l'après Bachar al-Assad, et entendent bien se serrer les coudes pour redresser les torts faits au secteur par la dictature.

 

(via PublishingPerspectives)