L'industrie du livre au Canada : sexiste, surchargée et pas assez payée

Nicolas Gary - 05.10.2013

Edition - International - Canada - industrie du livre - salariés


Le magazine Quill and Quire vient de délivrer une enquête sectorielle portant sur l'industrie du livre au Canada. À certains égards, rien n'a changé dans le milieu sur l'année 2013 - des professionnels surchargés et sous-payés. Mais dans leurs choix de carrière, on constate plusieurs évolutions. Et ce n'est pas tout.

 

 

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joe.ross, CC BY SA 2.0 

 

 

Le magazine remarque ainsi que les pressions exercées sur l'industrie ont un effet sur les salaires et la satisfaction du travail accompli, deux tendances qui « pourraient ne rien augurer de bon dans la capacité des employeurs à attirer et retenir de meilleurs talents », analysent nos confrères. Les bonnes nouvelles ne manquent cependant pas : les gens qui cherchent un emploi dans le secteur du livre sont globalement satisfaits de leur emploi.

 

Les heures supplémentaires pèsent sur le moral, et les salaires restent relativement bas : 40 % des 300 répondants jugent leur degré de satisfaction Très bon ou Excellent et 38 % Bon. Restent 5 % qui déplorent leurs conditions.

 

La précédente enquête, réalisée en 2008, indiquait des résultats similaires, et les justifications aux réponses apportées ne varient pas vraiment : d'abord, les professionnels restent des passionnés du livre, et la création d'ouvrages, autant que leur promotion ou leur commercialisation sont de réels motifs de réjouissances. L'entourage avec lequel ils travaillent compte aussi énormément.

 

Salaires, évolution professionnelle et sexisme

 

Toutefois, si l'enquête ne mesure pas le marché à proprement parler, elle présente des indicateurs concernant les évolutions que le Canada a pu connaître. Les salaires ont en effet stagné avec des revenus annuels moyens de 48.300 $ CA, soit une hausse de 2,3 % en cinq ans. Les facteurs démographiques, comme l'âge et le niveau d'expérience, sont les mêmes. 

 

Avec une augmentation du coût de la vie de près de 3 %, les inquiétudes liées au niveau salarial sont les plus importantes, et la possibilité d'une ascension professionnelle est observée avec un certain pessimisme. Ainsi, 22 % considèrent que d'ici à deux ans, ils ne travailleront plus dans ce secteur - et ceux qui ont une expérience de 3 à 10 ans sont 31 % à estimer qu'ils vont changer de carrière. Le pourcentage augmente plus encore dans la tranche qui enregistre entre 6 et 10 ans d'expérience.

 

Comme l'augmentation de salaire est la chose pointée comme la plus importante, et la plus en mesure d'améliorer le degré de satisfaction, on comprend mieux cette tendance. La formation, les voyages, pourraient atténuer cette attrition des employés du livre.

 

Toutefois, l'autre grand enjeu est le sexisme ambiant qui règne : avec 75 % de femmes dans l'édition, 48 % des postes de dirigeants sont occupés par des hommes. Et en moyenne, les salaires des femmes sont 18 % inférieurs à ceux des hommes - sans compter qu'elles sont moins susceptibles d'être augmentées que ces derniers. Enfin, seuls 6 % d'entre elles supervisent une équipe de plus de cinq employés contre 21 % des hommes...