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L'industrie du livre en danger au Nigeria

Bouder Robin - 07.04.2017

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La situation économique du Nigeria met en péril toute l'industrie du livre. Alors que les libraires accumulent les dettes, les acteurs de la chaîne éditoriale, éditeurs, auteurs ou distributeurs, se rejettent la faute.

 

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Salle de lecture de l'Université d'Ibadan, Nigeria - Michael Sean Gallagher (CC BY-SA 2.0)

 

 

Les auteurs qui attendent des royalties sur les ventes de leurs livres, mais ne reçoivent rien ; les éditeurs qui ne sont pas payés par les libraires ; les libraires qui croulent sous les dettes : un cercle vicieux qui met en danger le secteur du livre au Nigeria. Selon Femi Morgan, éditeur, les libraires et distributeurs ont une dette de 9 millions de nairas, soit près de 30.000 €, envers les éditeurs.

 

Dillibe Onyeama, auteur et éditeur au Delta Publishers Ltd, a perdu en tout l'équivalent de 1 500 €, les libraires ayant refusé de le payer. « On leur accorde notre confiance, mais ils ne nous paient pas », dit-il au Guardian. « De Lagos (plus grande ville du Nigeria) à Enugu, la situation est la même et on s'interroge. Du coup, on arrête de les fournir. Une petite entreprise comme la nôtre ne peut pas se permettre d'aussi grandes pertes, on arrête donc de leur faire crédit. Nous sommes obligés de chercher de nouvelles stratégies pour remonter la pente. »

 

Parmi ces nouvelles stratégies, la vente en ligne. Les éditeurs comme Femi Morgan ou Omoluabi-Ogosi optent pour ce système qui leur permet de ne plus passer par les librairies. D'après le second, « c'est une stratégie viable qui marche beaucoup mieux parce que nous contrôlons mieux nos affaires. Nous pouvons même suivre nos ventes en détail et facilement grâce à des plateformes comme Jumia ou Konga. »

 

Ainsi, c'est toute la distribution du livre qui se retrouve bouleversée. Les éditeurs se coupant progressivement de la « contrainte » des librairies, ces derniers ont du mal à se réapprovisionner en ouvrages. Une stratégie qui ne rend pas l'accès aux livres plus facile, loin de là. Olatoun Williams, critique de livres en ligne, déplore auprès du Guardian d'une part des prix trop élevés, et d'autre part un choix de lectures de plus en plus restreint. « Je fais partie d'un petit groupe dont les membres sont obligés d'aller chercher certains livres à l'étranger. Le plus gros problème ici, c'est de trouver des livres ; il n'y a pas assez de libraires. L'accès aux livres n'est pas évident au Nigeria, c'est pourquoi les auteurs préfèrent publier leurs ouvrages à l'étranger. »

 

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Igbosere Road, Lagos, Nigeria - Satanoid (CC BY 2.0)

 

 

Les librairies ne sont cependant pas à blâmer entièrement, puisque c'est la situation économique même du pays qui leur impose ces dettes immenses. Payer les éditeurs et vendre leurs ouvrages n'est pas une tâche aisée. Le docteur Eghosa Imasuen, ancien directeur d'exploitation du Farafina Magazine, raconte : « Il est difficile de gérer ces entreprises. Ils se noient dans leurs dettes (…) ; on se demande comment ils peuvent rembourser des livres qu'ils vendent à 2 000 nairas (environ 6 euros), et ce, en bien trop faible quantité pour faire des bénéfices. » Il faut dire que les libraires ne sont pas bien lotis : l’État n'accorde aucune valeur au livre, et ne leur fournit pas d'aide.

 

Mais alors, que pour aider les libraires en dettes ? Moses Ohiomokhare, libraire au Quintessence Book, pour qui les affaires marchent bien, explique que tout passe par la promotion et la création d’événements autour du livre. « En vérité, les Nigérians lisent, mais il faut les aider dans leurs choix de lecture, ce que nous faisons à travers la promotion de nos livres. Et nous vendons très bien ! » Autre solution : le développement de la vente en ligne. « Nous venons de mettre en place une plateforme sur le web », poursuit Ohiomokhare. « Ce n'est pas encore tout à fait prêt, mais il est certain que ça va aider nos affaires. »

 

Un premier pas pour remonter la pente ? L'exemple de Quintessence Book montre bien qu'il est possible pour éditeurs et libraires nigérians de collaborer, si la stratégie se tourne vers la technologie et l'événementiel. Seul l'avenir dira si ces nouvelles méthodes pourront sauver le livre au Nigeria.

 

Via The Guardian