L'industrie du livre en panique : que prépare le ministère de la Culture ?

Nicolas Gary - 17.01.2020

Edition - Société - DGMIC ministère Culture - Franck Riester - industrie livre


EXCLUSIF – L’année commence avec un mini-séisme dans l'édition : l’épicentre se situe non loin du ministère de la Culture. Mais l’onde de choc se propage à grande vitesse. À cette heure, l’affolement de l’interprofession est à la hauteur du manque d’informations. Panique à bord : touche pas à ma DGMIC, la Direction générale des Médias et des Industries culturelles.


y'a quelqu'un ? -pixabay licence
 

Onze organisations professionnelles regroupant auteurs, éditeurs, libraires, distributeurs de loisirs culturels, traducteurs, bibliothécaires, mais également la Sofia — en charge des revenus liés au prêt de livres en bibliothèques — ou encore la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL) et même la Fédération nationale des associations de directeurs des affaires culturelles des collectivités territoriales (FNADAC)… En somme, tout le monde est vent debout.
 

Touche pas à ma DGMIC !


Au cœur du problème, « un projet de réorganisation envisagé au sein de l’administration centrale du ministère de la Culture ». Lequel « pourrait conduire à démanteler l’actuelle unité administrative en charge des politiques relatives aux secteurs de l’économie du livre et des bibliothèques, pour en disperser les missions au sein de différentes entités de votre ministère », écrivent les organisations à Franck Riester, ministre de la Culture. 

Concrètement, le projet serait de constituer trois directions : une branche Économie du livre, l’équivalent de la DGMIC actuelle ; une autre liée à la lecture publique, baptisée Direction de l’émancipation culturelle (délicieux !). La dernière concernerait le volet patrimonial, et ciblerait surtout la Bibliothèque nationale de France.

Les signataires rappellent charitablement : « La vitalité économique et le dynamisme culturel de ce secteur tiennent largement à la cohérence des politiques publiques mises en œuvre au sein d’une entité administrative unique. » Cette dernière est ainsi en mesure « d’appréhender la complexité de la chaîne du livre dans son ensemble et de maintenir les équilibres entre les différents acteurs qui la composent ».
 

L'équilibre en péril


En l’état, pointe la lettre l’éclatement « des missions relevant du périmètre du Service du livre et de la lecture et la dispersion des compétences relatives au suivi des acteurs de cette filière entre différentes entités administratives investies de fonctions transversales » aurait des conséquences. Tout d'abord, cela ignorerait « la cohérence et l’unité de la politique française du livre et de la lecture menée depuis un demi-siècle ».

Mais surtout, mettrait « en péril les fragiles équilibres de notre secteur ». 

Une notion d'équilibre qui fait écho aux propos du président du Syndicat national de l’édition, Vincent Montagne. Lors de la présentation de ses vœux aux membres, ce dernier avait rejeté catégoriquement l’intervention de l’État pour assurer un revenu minimum aux auteurs. Et pour préserver l’équilibre actuel, surtout ne pas recourir à une législation, une « normalisation excessive » qui « conduira a minima à la disparition de nombreux auteurs et nombreuses maisons d’édition. Donc à l’appauvrissement de la création littéraire ».
 

Messages contradictoires ?


L’industrie du livre représente plus de 100.000 personnes employées en France, avec un chiffre d’affaires global de 6,4 milliards €, pointe le courrier au ministre. En outre, 87 % des Français ont accès à la lecture via le réseau des bibliothèques publiques. Deviendrait-elle une « variable d’ajustement d’une réforme administrative » ?

Sachant qu’Emmanuel Macron souligne « régulièrement l’importance accordée au livre et à la lecture dans notre pays », démanteler la politique du livre et de la lecture actuelle serait un non-sens. 

Les organisations demandent à être rassurées « quant au fait qu’un tel scénario n’est pas sérieusement à l’étude ». Dans l’hypothèse où une réforme est envisagée, avec une « quelconque modification » de la politique du livre, elles souhaitent logiquement être consultées. Et de demander à rencontrer rapidement les responsables du ministère pour que le sujet soit clairement posé. 

Ministère de la Culture
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Contacté par ActuaLitté, le ministère de la Culture ne souhaite pas faire de commentaires, « puisque que rien n’est décidé. Mais comme toujours nous sommes dans l’écoute et le dialogue pour une filière du livre forte, dynamique et fédérée ». Dont acte...
 

Agir ensemble


Pour les bibliothèques, les inquiétudes sont claires : une restructuration sans concertation ni échéance établies pose de réels problèmes. « La segmentation envisagée a une forme de cohérence », nous indique-t-on, « mais nous manquons d’informations pour la saisirpleinement ».

Côté auteurs, on nous indique que « depuis des mois, des scénarios de réorganisation sont à l’étude. Mais ici, c’est toute l’unité de la chaîne du livre qui est mise en danger ». 

Peu ou prou, considérer que les acteurs économiques soient regroupés — libraires et éditeurs — n’a rien d’abracadabrantesque. Dissocier la dimension patrimoniale de la lecture publique interroge un peu plus : « En regard de l’activité de la BnF, de la réussite de l’exposition Tolkien ou de ses expérimentations numériques, l’établissement fait preuve d’un grand dynamisme. Le cantonner au volet patrimonial paraît étrange… »

Côté éditeurs, on reconnaît « n’avoir aucun élément tangible », sinon que la suppression du Service livre et lecture est en cours de réflexion. « Si l’on éparpille l’industrie, réduite en détail, alors il ne sera plus possible de prendre en compte la politique du livre en tant que telle. »

Et si le courrier se veut alarmiste, c’est que « nos contacts avec le ministère font état d’éléments fiables ». Il importait alors, quand bien même les faits manquent à l’appel (ou à la pelle…), « d’agir tous ensemble et rapidement, pour montrer que nous savons être unis ».
 

La place des auteurs ou place aux auteurs ?


La grande interrogation, cependant, reste le sort des auteurs dans ce nouveau découpage. Aucune information n'existe les concernant… auraient-ils une place à part ? On se souviendra en effet que parmi les propositions de la Ligue des auteurs professionnels, se trouvait la « création d’une direction des créateurs individuels au Ministère de la Culture ». 

Cette dernière aurait « mission principale de veiller à l’épanouissement des créateurs et des créatrices en France. Ce serait un changement de paradigme qui permettrait de remettre les créateurs individuels au cœur de la politique culturelle de l’État, à égalité avec les institutions et les industries culturelles ». 

Une proposition formulée lors de l’audition du 25 avril par la mission Bruno Racine — chargé de rédiger un rapport sur le statut des artistes auteurs. Le document, dont la remise était prévue pour la mi-novembre, ne serait finalement présenté que début février. Si devait être créée une véritable instance, avec un calendrier d’objectifs, aboutirait-on à un véritable ré-équilibrage ?

L'hypothèse est séduisante « mais pourquoi avoir dans ce cas laissé fuiter la réorganisation de la DGMIC, sans évoquer cette nouvelle direction supposée », s'interroge-t-on côté auteurs. Le rapport Racine est plus que jamais attendu...

Nous apprenons également que sur l'ensemble des organisateurs d'auteur relevant du Conseil Permanent des Écrivains, qui signe la lettre, plusieurs affirment leur désaccord sur le fond même du courrier. « Nous avons été mis devant le fait accompli de ce texte, sans discussion préalable. Mais surtout, il n'est pas question de cautionner un document qui repose sur des rumeurs, montées en épingle de la sorte », assure l'une d'entre elles.




Commentaires
On dit (plutôt on écrit) : "auteure " ou "autrice" ?
Les deux sont désormais admis dans tous les dictionnaires mais autrice est la forme historiquement et grammaticalement correcte... https://nathaliebagadey.fr/index.php/2018/01/18/pourquoi-je-dis-autrice-et-pourquoi-je-vous-encourage-a-utiliser-egalement-ce-terme/
instituteur > institutrice, agriculteur > agricultrice, acteur > actrice, auteur > autrice.
Auteur, Autrice on s'en fiche, comme le disait Jean d'Ormesson une fois au fou du roi de france inter, l'important c'est pas la forme, c'est le fond, faites selon votre feeling, faites selon votre style, jouez sur la rule of cool cool smile
gulp chasseur - chatrice, mateur - matrice, on a vraiment besoin de s'emmerder avec ce genre de considérations ?

Dans mon vieux "Robert" comme dans le Littré on passe de autrement à autruche, pourquoi ajouter "autrice" juste à côté de cette dernière ? On vivait vraiment moins bien dans les années 80 à cause de ça ?
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