L'industrie italienne écartelée : Milan ou Turin, qui accueillera le salon du livre ?

Nicolas Gary - 27.07.2016

Edition - International - Milan Turin Italie - Salon livre Italie - AIE éditeurs politiques


Voici quelques semaines que la rumeur enfle : un nouveau salon du livre pourrait voir le jour à Milan. Grande opportunité ? Presque : un conflit voit le jour, alors que cette manifestation entrerait en concurrence avec celle de Turin, installée depuis une trentaine d’années dans le paysage littéraire. Et les éditeurs se retrouvent pris dans un conflit aux dimensions politiques évidentes. 

 

Primavera a Milano (Explore)

Bert Kaufmann, CC BY SA 2.0

 

 

Antonio Calabro, vice-président d’Assolombarda, association des industriels de la région de la Lombardie, se féliciterait plutôt. En tant que métropole européenne, Milan aurait toutes les caractéristiques pour devenir un centre de promotion fort des activités culturelles. Et puis, Milan, c’est le Saint-Germain-des-Prés de l’Italie. 

 

Cette implantation deviendrait capitale, pour générer de nouvelles synergies entre les industries du livre et les institutions publiques. Et pour lui, aucune opposition ni rivalité entre Turin et Milan : les deux événements seraient bien distincts. Au contraire, des passerelles existent, il suffit de les imaginer. 

 

Bien entendu, en Lombardie, les prises de position en faveur d’une manifestation littéraire se multiplient. Les personnalités politiques, certes, mais également de grands noms de l’édition – Mondadori en tête de file. 

 

En face, la maire de Turin, Chiara Appendino, rappelle l’histoire du Salon, qui lui « permet d’être à des années-lumières, dans la culture du livre, par rapport à Milan ». Et pour l’édition prochaine, non seulement la ville se mettra sur le pied de guerre quant à l’organisation, mais surtout, elle cherche à renforcer sa programmation. 

 

Le problème parallèle est qu’une enquête judiciaire a été ouverte, après que des malversations ont été dévoilées. Des responsables de la société organisatrice se retrouvent ainsi contraints de rendre des comptes – on parle notamment de détournement de fonds. 

 

Mais pour Turin, c’est probablement l’intervention des médias qui est arrivée comme un soutien de choix. Pas inconditionnel, certes, mais une mobilisation forte de La Stampa, qui a décidé de prendre position. On affirme que de nouveaux accords de partenariats sont en cours, garantissant une réussite totale de la manifestation. 

 

L'historique de Turin contre la nouveauté de Milan 

 

« Les coûts [induits par la manifestation] ne sont pas l’unique point : Turin avec ses trente années d’expérience peut offrir beaucoup plus aux éditeurs », souligne de son côté la conseillère régionale à la Culture pour le Piémont, Antonella Parigi. « Nous coûtons plus cher, mais nous fournissons des prestations qui ne sont pas comparables », ajoute-t-elle. « Je pense que le bon sens prévaudra demain : il est absurde de créer deux événements distants d’une seule semaine. »

 

Pourtant, il semble bien que le Salon du livre de Milan verra le jour. Toute la question ne serait d’ailleurs pas de faire coexister deux manifestations, mais bien de définir si le Salon resterait à Turin, ou s’il se déplacera à Milan. 

 

Le fait est que ce 27 juillet, les membres de l’Associazione degli editori, doivent procéder à un vote, qui tranchera définitivement – beaucoup l’espèrent – la question. 

 

Les tensions sont déjà palpables : le groupe éditorial et détenteur d’une chaîne de librairie éponyme Feltrinelli a porté le fer. « Il est indéniable que le Salon de Turin a été mal géré. [...] Cependant, certains signes encourageants récents, comme l’arrivée du gouvernement et d’investisseurs privés parmi les membres fondateurs, la clarification des budgets, la volonté d’abandonner les modèles économiques passés » rendent l’espoir. 

 

Suffisant ? Pas pour le groupe, qui poursuit : « Assez ? Il ne semble pas. Turin n’a pas encore mis sur la table une proposition de renouvellement nette et courageuse, efficace et différente. Milan, pour sa part, a démontré sa capacité à faire avancer les choses », continue la lettre. 

 

Tout l’enjeu, pour le vote d’aujourd’hui, sera donc de déterminer quelle ville est la plus en mesure d’accueillir une manifestation d’ampleur nationale, dans les meilleures conditions. Et sachant, surtout, convaincre le plus grand nombre de maisons... L’AIE est pour l’instant divisée, et Federico Motta, son actuel président, a pris la tête de cette fronde contre Turin.