L'inquiétude grandissante sur le sort des libraires québecois

Cécile Mazin - 17.05.2013

Edition - Librairies - librairies - Québec - concurrence


Le gouvernement québécois a déjà été invité à « agir rapidement », alors que plusieurs librairies indépendantes dans la Province de Québec annonçaient leur fermeture. Le président de l'Association nationale des éditeurs de livres, Jean-François Bouchard rappelait ainsi que la librairie générale française, dans le Vieux Québec, était la dernière en date sur la liste. Et ne cachait pas son inquiétude. 

 

 

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Librairie à Québec

emmaatlarge, (CC BY_NC_ND 2.0)

 

 

C'était la semaine passée que le président de l'ANEL interpellait le gouvernement : « Il y a une grande nervosité dans tout le milieu du livre au sujet de l'état de santé précaire des librairies, particulièrement les indépendantes. Le plus troublant, c'est que le gouvernement ne donne aucun signe qu'il est conscient de l'urgence de la situation. Le fait de repousser constamment la tenue de la commission parlementaire sur la réglementation du prix du livre en est un bon indice. Pourtant, il y a péril en la demeure ! »

 

La Librairie générale française avait 42 ans au compteur, et c'est ce 15 juin qu'elle annonçait sa fermeture. Selon le propriétaire, la vente en ligne et les grandes surfaces étaient largement responsables de cette décision, et en moins de douze mois, c'était le second établissement historique à mettre la clef sous la porte. « Rappelons que dans la même période, deux autres ont été repris par une grande chaîne qui en a sensiblement modifié la vocation et qu'une autre librairie indépendante est à vendre », ajoutait-il. 

 

En appelant à la prise de conscience non seulement du gouvernement du Québec, mais surtout du ministère de la Culture et des Communications, le président de l'ANEL souhaitait que soient mises en place des solutions rapidement, pour venir en aides à la librairie. Cela passera par exemple par l'annonce de la date de la commission parlementaire, ayant à charge de discuter de la mise en place d'une loi sur le prix unique du livre. 

 

Ecrivains et libraires en renfort

 

Or, une semaine plus tard, à peine, c'est à l'Association des libraires du Québec (ALQ) et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), d'attirer l'attention du gouvernement sur ces mêmes questions. Cette fois, les chiffres sont un peu plus anxiogènes : 20 fermetures de librairies depuis 2010, dans dix régions du Québec. Avec pour conséquence de nuire directement à la vitalité de la production de livres québécois, alors même qu'une nouvelle génération d'auteurs émerge - et a besoin du soutien des librairies indépendantes. 

 

Serge Poulin, président de l'ALQ, souligne dans un communiqué que si les facteurs qui expliquent cette situation sont nombreux, il y a des pistes de solution qui peuvent être clairement énoncées : « Évidemment, la réglementation du prix du livre et le respect de la Loi 51 protégeront les acquis de tous les acteurs de la chaîne du livre. Dans l'immédiat et dans les prochaines années, il s'avère important de soutenir la relève dans les démarches de financement liées à la reprise d'une librairie et surtout de mettre en valeur le service-conseil hors pair des libraires, ainsi que leur librairie, lieu d'échanges et de découvertes. La professionnalisation de la gestion des commerces grâce, entre autres, aux formations prodiguées par l'ALQ et une attention plus marquée à proposer un enrichissement culturel autour du livre semblent prometteuses. »

 

Danièle Simpson, présidente de l'UNEQ, estime que les enjeux entourant la santé des librairies indépendantes sont cruciaux pour l'avenir de la littérature québécoise : « Pour les écrivains, le libraire indépendant est précieux, car il peut prendre fait et cause pour un auteur, un genre, un style, indépendamment de toute force marketing. Ces libraires sont des passeurs et ils contribuent précieusement à créer des lecteurs pour nos œuvres. »

 

Pour l'heure, le gouvernement québecois n'a pas répondu aux sollicitations de l'interprofession.