Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'intégrisme musulman et le terrorisme ont raison de Rushdie

Clément Solym - 20.01.2012

Edition - International - Salman Rushdie - extremisme religieux - islamistes


La liberté d'expression vient de perdre une bataille contre l'extrémisme religieux. Et la manipulation des foules vient de passer un nouveau seuil. Attendu et espéré pour le festival littéraire de Jaipur, Salman Rushdie vient finalement d'annoncer qu'il ne viendrait pas. Ni à l'inauguration, ni aux deux journées qui suivront.

 

« J'ai été informé par des sources du renseignement... que des tueurs à gages de la pègre de Bombay avaient pris la direction de Jaipur, pour m'éliminer », a expliqué le romancier dans un communiqué de presse. Selon lui, les informations seraient encore douteuses, mais il estime qu'il serait « irresponsable pour ma famille, pour le public du festival et mes collègues écrivains » de se rendre au festival, rapporte le Guardian.

 

« Je ne ferai donc pas le voyage jusqu'à Jaipur », conclut-il. 

 

En cause, les Versets sataniques, et les responsables religieux indiens qui considèrent que l'atteinte portée aux sentiments religieux des croyants ne permet pas à Rushdie de venir dans le pays. Une manifestation qui devait compter plus de 60.000 personnes était d'ores et déjà prévue par divers groupes islamiques, en guise de protestation. 

 

Et pour la protection des 250 autres auteurs conviés, la présence accrue de forces policières (déploiement d'une centaine d'hommes), ou la présence de chiens pour flairer toute bombe, ont été considérées comme insuffisantes. 

 

 

Les organisateurs avaient encore bon espoir que l'on puisse trouver un compromis, alors que Rushdie devait donner deux conférences sur place. 

 

Pour les autorités indiennes, la thèse de tueurs à gages était un brin « farfelue », mais une action dirigée par Dawood Ibrahim, homme bien connu du crime organisé dans le pays, et proches de mouvements pakistanais, n'était pas du tout à exclure. 

 

Reste alors la déception, et le goût amer de voir comment les menaces ont su faire plier non seulement un homme, mais tout un gouvernement. Et surtout, à quel point l'extrémisme religieux a marqué un point dont les conséquences sont à peine mesurées. 

 

Sanjoy Roy, l'organisateur du Salon, explique qu'il y a urgence à ce que l'Inde s'interroge sur la possibilité d'empêcher à ce point une personne d'exprimer ses idées, et surtout « pourquoi, alors que nous sommes une nation, nous continuons de tomber sous une pression ou une autre. C'est un énorme problème pour la démocratie indienne ». 

 

Salman Rushdie avait été l'invité du Salon du livre de Paris en 2010. À l'époque, aucun problème.