L'International Publishers Association et Pen condamnent la censure en Turquie

Clément Solym - 03.08.2012

Edition - International - éditeur Turquie - William Burroughs - Chuck Palahniuk


L'International Publishers Association et Pen International, deux des organisations internationales les plus influentes du monde des livres, ont vivement condamné la décision de la justice turque vis-à-vis des deux éditeurs accusés d'obscénité. Le verdict du procès a été repoussé à 2015, ce qui ne fait qu'en accroître l'aspect inique, soulignent les deux entités.

 

Censure?

(auteur : zerok)


Dans cette affaire, les responsables de deux maisons d'édition turques, Irfan Sancı de Sel Publishing House et Hasan Basri Çıplak, d'Ayrıntı Publishing House, sont accusés d'avoir enfreint l'article 226 du Code pénal. Comment ? En publiant La Machine molle de Williams Burroughs et Snuff, de Chuck Palahniuk, sur lesquels des universitaires se sont penchés pour en établir « l'intérêt littéraire ».

 

« Beaucoup de commentateurs s'attendaient à un procès « traditionnel » en matière d'obscénité en Turquie : un rapport rédigé par des universitaires qui accrédite la valeur littéraire du roman, conduisant à l'acquitation par le juge » expliquent les deux organisations internationales. Cette expertise a bien été communiquée à la Cour, et aboutissait à la conclusion que les ouvrages avaient eu et continuaient d'exercer une « influence [sur] toute la communauté littéraire ». (voir notre actualitté)

 

Mais le procès est devenu encore plus nauséabond avec la décision du juge de reporter le verdict à... 2015, en raison d'une loi adoptée la veille... tout en précisant aux accusés que toute nouvelle publication jugée « obscène » serait ajoutée à leurs dossiers. « Non seulement cela rallonge une procédure judiciaire déjà lourde, mais cela intimide les éditeurs, et tous ceux qui pourraient s'intéresser à ce secteur, par l'envoi d'avertissements explicites [...]. »

 

Sur son site, l'International Publishers Association rappelle également le cas de Ragıp Zarakolu, éditeur et militant des Droits de l'Homme, qui risque jusqu'à 15 années de prison en Turquie. Si sa liberté est plus ou moins assurée, sous des conditions difficiles, l'éditeur Deniz Zarakolu et le professeur Büşra Ersanlı restent en détention, souligne l'IPA : « Des dizaines d'écrivains et d'éditeurs en Turquie sont détenus en prison, ou sont actuellement en procès. »