"L'intimidation, dans l'armée, est un outil de contrôle, pas un crime"

Clément Solym - 21.07.2014

Edition - International - Espagne - livre roman crime - armée prison


Le parti politique Unión Progreso y Democracia, UPyD, a réclamé que le ministre de la Défense, Pedro Morenés et la vice-première ministre, Soraya Sáenz de Santamaría, interviennent dans les meilleurs délais. Une vaste affaire de corruption agite actuellement l'armée espagnole, suite à la plainte déposée par un lieutenant, Luis Gonzalo Segura. Et tout est parti d'un livre...

 

 

Boots on the Ground

"Direction la librairie, soldats !"

Al Jazeera English, CC BY SA 2.0

 

 

Un paso al frente est un roman publié par le lieutenant en question. Et dans cet ouvrage, il brosse un tableau peu reluisant des forces militaires du pays. Selon lui, il s'agit d'un système de castes, qui préserve des privilèges insultants, et fait preuve de comportements criminels, contraires à toute éthique. Son ouvrage a pourtant quelques mois déjà, et n'avait jusqu'à lors pas vraiment attiré les foudres politiques. 

 

Le groupe parlementaire UPyD a pourtant interpellé le gouvernement, pour que soit ouverte une enquête permettant de clarifier la situation. S'il y a corruption et malversation au sein de l'armée, choses dénoncées dans un roman, il serait de bon ton que les forces espagnoles ne soient pas la risée de l'Europe, de par leur attentisme. 

 

« Il est frappant de voir que personne dans l'armée n'a diligenté d'enquête pour déterminer si les détestables pratiques, telles que décrites dans le livre par ce lieutenant, sont vraies », assure le groupe. « Le roman est basé sur des expériences personnelles, et s'est servi de la fiction comme d'un outil littéraire », le tout afin de mieux dénoncer les agissements de l'armée. 

 

Or, Gonzalo Segura est actuellement enfermé dans un centre de détention militaire, et sera bien entendu destitué de ses droits de militaires. Une décision qui « pourrait impliquer la violation des droits et de la liberté d'expression de l'accusé », souligne le groupe parlementaire. 

 

UPyD interpellait donc, la semaine passée, le gouvernement pour que ce dernier fasse part de ses intentions : y'aura-t-il une enquête pour vérifier la véracité des dires du lieutenant ? Et si ce dernier dit vrai, « quelles mesures le gouvernement entend prendre pour répondre aux accusations de corruption, dispersées dans le livre - plutôt que de maintenir son auteur en prison » ?

 

Pour l'heure, le militaire, qui semble bien avoir mis le doigt sur quelque chose qui fait très mal, est toujours incarcéré, et les autorités n'ont pas fait le moindre geste pour oeuvrer à sa libération. 

 

Dans le cadre de son procès, le ministère de la Défense a affirmé que les fautes qu'il avait commises étaient graves, et punies, conformément à la loi, d'une peine d'emprisonnement. Sa faute est effectivement d'avoir fait paraître un livre, et sa peine, l'incarcération dans un établissement disciplinaire. Bien entendu, on lui reproche d'avoir violé la loi du secret qui règne impérativement dans le milieu militaire, mais également d'avoir fait de fausses déclarations. 

 

Surtout que, toutes les plaintes et réclamations qu'il avait pu déposer à titre personnel, auprès de sa hiérarchie, n'ont pour l'instant révélé de malversations. Aucune infraction ni débordement constatés dans l'armée, ce qui avait conduit à classer sans suite ses demandes, après enquête appropriée, rappelle le ministère de la Défense.

 

« L'intimidation, dans l'armée, est un outil de contrôle, pas un crime », assurait le lieutenant, dans une interview. Il aurait pu rajouter que la dénonciation, elle, est toujours très mal perçue...