L'Iran augmente la rançon pour la tête de Salman Rushdie

Clément Solym - 17.09.2012

Edition - International - fatwa - Salman Rushdie - ayatollah


Roger Rabbit n'a plus la cote, mais celle de Salman Rushdie vient d'augmenter considérablement, alors qu'une fondation religieuse semi-officielle, en Iran, vient d'augmenter la récompense offerte pour la tête du romancier. Ce sont 500.000 $ qui sont ajoutés aux 2,8 millions $ déjà offerts. Une décision qui fait suite aux mouvements partout dans le monde en protestation contre le film insultant Mahomet et anti-musuman. 

 

 

Anti-'Satanic Verses' Demonstration – London

Démonstration anti Versets sataniques, en 1989

Robert Croma, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

La presse s'est rapidement fait l'écho de cette nouvelle, qui n'a pour le moment pas été officiellement revendiquée par les autorités iraniennes. Cependant, la Fondation du 15 de Khordad, soumise à l'autorité du guide de la révolution de l'Iran avait confirmé que la prime a augmenté. En 2003, l'ayatollah Hassan SaneII, qui dirigeait la fondation, avait déjà proposé d'augmenter de 2,8 millions à 3 millions $ la prime contre Rushdie.

 

Dans tous les cas, la fondation est disposée à verser plus d'argent encore, explique-t-on dans le journal Jomhouri Eslami. Et l'on y peut lire également que c'est l'absence de réussite à la fatwa lancée en 1989 par l'ayatollah Khomeini, qui a provoqué une flambée anti-musulmane. Toutes les caricatures, les insultes et autres films et articles qui sont sortis depuis cette période n'auraient pas existé, si le public avait pris conscience, avec la mort de Rushdie, aurait assuré SaneII. 

 

Ce n'est qu'un début, continuons la fatwa !

 

Les versets sataniques étaient sortis dans une période de faste politique, où la chute du mur de Berlin avait apporté une vague d'espoir sans précédent. Mais cette fatwa, dont on a célébré les 20 ans en 2009, aura marqué toute la vie du romancier. Et l'Iran, en février 2009 avait confirmé que cette mise à mort de l'auteur était toujours valable.

 

Questionné par un journaliste, en marge d'une conférence de presse, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hassan Ghashgavi a en effet précisé : « Il est naturel que tant qu'une fatwa n'a pas été annulée, elle soit toujours valable. »

 

Et même après la mort de l'ayatollah qui avait condamné Rushdie, aucune raison que l'on ne poursuive pas la sainte mission que celui-ci avait lancée. Au point que, faute de mettre la main sur le romancier, des développeurs de jeux vidéo iraniens avaient pris part à un concours, et proposé un jeu qui consistait à traquer, pour tuer, le romancier britannique.

 

« Nous sentions que nous devions trouver un moyen de vous présenter à notre troisième et quatrième génération la fatwa lancée contre Rushdie et son importance », explique Mohammad-Taqi Fakhrian, de l'association d'étudiants. Pour mémoire, même un certain Yussuf Islam, alias Cat Stevens, avait assuré ne pas être opposé à la fatwa. 

 

« Le chef de la révolution islamique a tenté d'arracher ces parcelles blasphématoires ourdies par les agents des États-Unis et ceux du régime sioniste, en annonçant une nouvelle prime. Et désormais, c'est le meilleur moment pour accomplir la tâche », ajoute le communiqué de presse. L'ayatollah, pour sa part, a déclaré que la fondation de Saneii soutient les personnes qui luttent contre ces complots et les conspirations anti-musulmans.

 

Salman Rushdie n'a pas encore réagi à cette annonce. Depuis Twitter, il s'est contenté d'inviter ses followers à regarder une émission sur BBC, sur... la fatwa.