L'Iran bannit le vin, des animaux et des politiques des livres publiés

Antoine Oury - 21.01.2016

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Dans sa lutte contre « les attaques culturelles occidentales », l'Iran annonce, via son ministère de la Culture, l'interdiction de plusieurs termes et thèmes des ouvrages publiés. Ces nouvelles mesures prohibent l'utilisation du mot « vin », ainsi que des noms d'animaux, domestiques ou non, « étrangers », et de certains responsables politiques. Certains sujets, dont l'évocation de la masturbation dans des livres de psychologie, sont aussi interdits.

 

Iranian Publishers - Frankfurt Buchmesse 2015

Le stand des éditeurs iraniens à la Foire du Livre de Francfort, en 2015 : l'Iran avait boycotté la manifestation suite à l'invitation de Salman Rushdie (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Mohammad Selgi, responsable du secteur de l'édition au sein du ministère de la Culture iranien, a confirmé et commenté ces nouvelles restrictions : « Quand de nouveaux livres nous sont soumis, notre équipe les lit d'abord page par page pour s'assurer qu'ils font la promotion de la révolution islamique et qu'ils luttent contre les attaques culturelles de l'Occident, en censurant toutes insultes faites aux prophètes », a-t-il expliqué.

 

Dans le cadre de leurs activités, les éditeurs iraniens doivent faire parvenir un fichier PDF de leur publication aux autorités : le contrôle est évidemment très aléatoire, selon les fonctionnaires, et certains sont plus zélés que d'autres. Ce qui rend d'autant plus délicat le métier d'éditeur en Iran : des investissements sur un livre peuvent être réduits à néant par le refus de publication.

 

« Les mots comme le vin ou des noms d'animaux de pays étrangers, ainsi que les noms de certains présidents sont également interdits par ces nouvelles dispositions de la loi », a ajouté Mohammad Selgi. Le responsable a évoqué « le point de vue des clercs », qui sera plus strictement pris en compte dans la décision d'autoriser ou non la publication d'un livre, auprès du mensuel iranien Shiraze.

 

Selon BBC Persia, les ouvrages de psychologie mentionnant la masturbation sont également concernés. « Nous ne laisserons aucune opportunité de laisser ces livres sur le marché », aurait commenté Selgi.

 

Évidemment, la consommation d'alcool est strictement interdite par le régime islamique, même si des réseaux souterrains en assurent la distribution. L'année dernière, le gouvernement a annoncé la mise en place de 150 centres de contrôle pour lutter contre cette diffusion.

 

Lutter contre l'Occident, ou contre la jeunesse ?

 

L'ayatollah Ali Khamenei aurait demandé à son ministère de la Culture de « doubler la production de livres et de films, de jeux vidéo et de jouets » pour lutter contre « l'invasion culturelle occidentale et sa volonté de détruire l'identité islamique ». Ali Jannati, ministre de la Culture iranien, n'hésitait pas à déclarer, le 13 janvier dernier, que l'Iran « soutenait la liberté d'expression dans les centres académiques » du pays. 8000 livres ont été publiés dans le pays en 2015, d'après ses chiffres, et il a invité la société à « s'ouvrir aux individus qui souhaitent s'exprimer ».

 

Ces nouvelles mesures de restriction de la part de l'État islamique pourraient, paradoxalement, rendre compte de son affaiblissement sur le plan culturel. L'auteure irano-américaine Sahar Delijani, qui a signé le best-seller Les enfants du Jacaranda (publié en France par Albin Michel dans une traduction de Pauline Miller-Fleuret), estimait ainsi que « la forte propagande » notamment imposée aux établissements scolaires, à base de « principes islamiques et moralistes », n'aurait pas réussi à endiguer l'ouverture culturelle de la jeunesse iranienne.

 

Néanmoins, passée la clandestinité, toute activité culturelle est à haut risque en Iran : en novembre 2015, les deux poètes Fatemeh Ekhtesari et Mehdi Mousavi étaient reconnus coupables de « propagande contre l'État », d'insultes envers des choses sacrées et d'avoir serré la main à des femmes. Ils ont écopé de 99 coups de fouet.

 

(via Telegraph, BBC Persia)