L'Iran organise un second concours de caricatures sur l'Holocauste

Julien Helmlinger - 10.01.2013

Edition - International - Caricature - Polémique - Holocauste


Ce premier janvier depuis Téhéran, la République islamiste iranienne a annoncé le lancement de la seconde édition de son concours international de caricatures de la Shoah. Et selon Fars Masoud Shojaei-Tabatabaei, directeur de la Maison de caricatures de l'Iran, organisme lié au gouvernement local, il s'agirait de représailles à la dernière publication satirique de l'hebdomadaire Charlie Hebdo et qui met en scène la vie du prophète Mahomet. Balle au centre sur le terrain de la provocation, ou bien simple hors-jeu à siffler ? 

 

 

 

 

« Il est nécessaire de punir ceux qui insultent les figures sacrées de l'islam », a exprimé le directeur de la Maison de caricatures de l'Iran. Tandis que le programme du concours iranien prend à contre-pied la récente déclaration d'un porte-parole du ministère local des Affaires étrangères : « Nous condamnons toute injure à caractère religieux, en particulier celles du prophète islamique, et nous exigeons que des actions en justice contre les caricaturistes soient introduites. »

 

Alors que l'image de l'Iran, aux yeux du monde arabe, souffrirait actuellement du soutien indéfectible de son président à l'égard du Syrien Bachar el-Assad, le gouvernement a saisi l'opportunité de monter au créneau en se faisant le grand défenseur du prophète caricaturé.

 

Mahmoud Ahmadinejad a déjà fait des vagues pour avoir qualifié l'Holocauste de « mythe » et avoir organisé une conférence sur la réalité du génocide orchestré par l'Allemagne nazie. Et le dirigeant iranien n'a pas renoncé à la seconde édition du concours, initié en 2006, qui se déroulera au cours du mois d'avril à Téhéran, avec des prix allant jusqu'à 20 000 dollars.

 

Selon le chef de l'organisation des caricaturistes de la région de l'est-Azerbaïdjan, membre du jury qui départagera les candidats : « Le sujet de la compétition sur l'Holocauste, à savoir l'extermination des Juifs dans les fours crématoires, est de déterminer pourquoi les Palestiniens devraient payer le prix de l'histoire de l'Holocauste. »

  

La première édition du concours et ses 9 400 euros de dotation, en 2006, avaient été remportés par le Marocain Abdollah Derkaoui. Pour un dessin représentant un bulldozer israélien, posant des pans du mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie, tandis que sur chacun des deux figurait un morceau de l'entrée du camp d'extermination d'Auschwitz.

 

Une illustration qui ébranlait déjà les tabous, en dressant un parallèle entre Holocauste et conflit israélo-palestinien, tandis que d'autres caricatures assumaient un côté négationniste quant aux horreurs commises à l'égard des Juifs sous le régime nazi.

 

Le Congrès juif européen n'a pas tardé à dénoncer cette nouvelle initiative iranienne. Son président Moshe Kantor a notamment scandé : « Une fois de plus, le régime iranien appelle à l'incitation contre le peuple juif, et à la négation du génocide, tout en s'en donnant les moyens, grâce à son programme illicite d'armes nucléaires, et ses menaces de destruction violente de l'État juif. »