L'Iran satisfait de sa campagne de boycott anti-Rushdie

Clément Solym - 22.10.2015

Edition - International - Iran Francfort - Salman Rushdie - liberté expression


La fin de la Foire du livre de Francfort s’accompagne malgré tout d’une triste polémique, orchestrée par le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique d’Iran. Quelques semaines avant l’ouverture, le pays déplorait en effet que Salman Rushdie soit invité à prononcer le discours inaugural. Auteurs des Versets sataniques, ce dernier n’est pas vraiment en odeur de sainteté auprès des autorités iraniennes – entre autres...

 

 

 

L’Iran avait indiqué qu’il boycotterait la manifestation, et appelait les éditeurs musulmans à agir de même. Mais au cours de la Foire, la protestation a pris d’autres formes que la politique de la chaise vide. Pour formuler plus ouvertement son mécontentement, différents outils de ce que l’on ne peut que désigner comme une propagande ont été distribués, allégrement.

 

Or, selon le ministre, Ali Jannati, l’objectif de cette communication a été pleinement atteint. « Beaucoup de médias, dans le monde entier, ont vu le pavillon fermé de l’Iran lors de la Foire, et ont fait part du refus de l’Iran, et de son absence en guise de protestation. Ils ont également filmé des affiches présentes sur le stand, portant exposant des slogans contre Rushdie », se félicite le ministre. 

 

Outre ces outils de communication, une brochure a été fournie aux visiteurs passant à proximité du stand et à travers la Foire, pour apporter d’autres explications. En anglais, elle contenait des dessins et illustrations autour du thème J’aime [le prophète] Mahomet. En outre, des exemplaires du message de l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei adressés à la jeunesse d’Europe et d’Amérique du Nord ont été fournis, en anglais et allemand. 

 

 

 

« Nous avons décidé de montrer notre opposition et avant également demandé à certains pays musulmans de condamner l’invitation de Rushdie à la Foire de Francfort », poursuit le ministre. Un mouvement qui n’a pas été particulièrement suivi, toutefois, puisqu’aucun autre pays n’a en tout cas manifesté son désir de boycotter la Foire. 

 

Une lettre ouverte fournie aux responsables culturels de plusieurs pays islamiques demandait également aux pays de mettre en garde les organisateurs de la Foire. Dans ce courrier, l’Iran pointait le fait que la présence de personnalités comme Rushdie intensifiait l’atmosphère de défiance, ainsi que le radicalisme et l’islamophobie.

 

Il paraît même qu’il est responsable de l’accroissement du trou dans la couche d’ozone...

 

« Naturellement, ils n’inviteront pas Salman Rushdie chaque année », note le ministre, qui assure que l’Iran prendra bien part aux prochaines éditions de la manifestation, ces prochaines années. Selon lui, la Foire doit conserver son rôle de lieu où se déroulent des débats d’idées, et « respecter les religieux et les cultures ». Et non devenir « un endroit où la haine et la violence et les divergences culturelles » sont mises en exergue. 

 

Personne n’osera rappeler à l’Iran que, pour un débat, il faut au moins un contradicteur ? 

 

(via Tehran Times, IBNA)