Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'Italie perd des lecteurs, surtout chez les grands consommateurs culturels

Clément Solym - 20.04.2017

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L’Italie se passionne pour ses lecteurs, cherchant à comprendre quelles sont leurs pratiques, leurs habitudes. L’une des dernières enquêtes montre que les jeunes de 11 à 14 ans sont de grands lecteurs. En effet, 69,7 % de cette tranche d’âge lit des livres, parce que leurs parents lisent. L’incidence est d’envergure.

 

Italia - Frankfurt Buchmesse 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


L’enquête ISTAT montre que, dans l’ensemble du pays, 18,3 % de la population a lu un maximum de 3 livres en un an, tandis que 16,5 % se placent entre 4 et 11 livres. Les grands lecteurs représentent 5,7 % des gens.

 

Les femmes lisent plus que les hommes, évidemment, et les déséquilibres que l’on connaît déjà restent à l’œuvre : le Nord-Est et Nord-Ouest comptent autour de 48 % de lecteurs, contre 42,7 % dans le centre du pays. Dans le Sud, on tombe à 27,5 % – et cela se retrouve également dans les îles, avec 45,7 % en Sardaigne et la Sicile à 25,8 %. 

 

La présence de livres à la maison aurait augmenté au fil du temps : 89,4 % des ménages possèdent des livres en 2016, en véritable croissance. Toutefois, 46,2 % ne disposent pas de plus d’une cinquantaine de livres – contre 17 % qui en comptent 51 à 100 et 11,8 % qui en possèdent entre 101 et 200. 

 

Enfin, on apprend que 4 millions de lecteurs passent par des outils numériques – soit 7,3 % de la population. Le phénomène touche avant tout les femmes, principalement entre 15 et 24 ans. Ceux qui choisissent la lecture numérique sont avant tout des grands lecteurs, à 28,3 % ou des lecteurs moyens, à 18,5, mais leur pratique de l’ebook, assurent-ils, ne remet pas du tout en cause l’achat de livres papier.

« Le thème de la lecture touche à l’élargissement du marché d’une part et d’autre part de l’intensité du plaisir de lire. Il reste le problème central de notre secteur, au-delà des considérations sociales et de l’intégration, pour lesquelles nous devons faire tout notre possible. Nous continuons d’être un petit marché pour concurrencer les grandes industries de l’édition en Europe. Le faible niveau de lecteurs affecte en effet les facteurs d’innovation dans le pays et la croissance économique », note Giovanni Peresson, responsable des éditeurs de l’AIE. 

 

Un pays divisé

 

On compte cependant 4 millions de non-lecteurs supplémentaires en Italie, par rapport à 2010. En 2016, 33 millions de personnes de plus de six ans n’ont pas ouvert un livre durant l’année, soit 57,6 % de la population, une hausse de 6,8 % en regard de 2010. 

 

C’est principalement chez les hommes, fort évidemment, que s'affirme cette tendance à rejeter les livres : 64,5 % contre 51,1 % des femmes. Chez les 25-74 ans, ils sont entre 62 et 66 % à ne pas lire, et 72,9 % chez les plus de 75 ans. 

 

L’augmentation des non-lecteurs est cependant plus forte chez les enfants de 6 à 10 ans, + 9,3 – les 11-14 ans augmentent de 13,9 % et chez les 15-17 ans, de 11,7 %. Une chose intéressante se dégage de l’étude portée par ISTAT pour le compte de l’Association des éditeurs italiens : la hausse des non-lecteurs ne s’opère pas seulement auprès de catégories socioprofessionnelles défavorisées culturellement. 
 

Un marché du livre maussade en Italie, mais des raisons d'espérer

 

En réalité, la plus forte hausse de personnes qui ont délaissé les livres se retrouve chez les personnes tributaires de la consommation culturelle. En réalité, ceux qui aiment le cinéma, le théâtre, ou les musées, se trouvent finalement écartelés : ils préféreront ces sorties à prendre un livre. 

Ces données ont été fournies dans le cadre du salon du livre de Milan Tempo di libri.