L'Italie renoue avec l'export et la traduction de ses livres

Cécile Mazin - 23.06.2016

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En Italie, l’étude « Marchands d’histoires. Rapport sur l’achat/vente des droits en 2016 » réalisée par l’AIE, l’équivalent du Syndicat de l’édition en France, montre des signaux positifs en ce qui concerne l’économie et la visibilité de l’édition transalpine à l’étranger.

 

Italia - London Book Fair 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

En 2015, les maisons d’édition italiennes ont vendu à l’étranger 5.914 droits de traduction, soit une hausse de 11,7 % par rapport à 2014. Un chiffre qui reste toujours bas si comparé aux livres achetés (10.685 titres), mais qui apporte un bon vent de changement dans les départements Foreign Rights.

 

Responsable du bureau des études de l’AIE, Giovanni Peresson, qui a suivi la réalisation de cette analyse conjointement avec l’ICE-Agenzia pour la promotion à l’étranger, constate que « les maisons d’édition italiennes montrent avoir acquis plus de compétences qu’auparavant face aux marchés étrangers. Désormais, toutes les structures possèdent un département Droits étrangers et soignent les relations avec les potentiels acheteurs. »  

 

L’intérêt porté aux titres italiens connaît alors une augmentation de 6,2 %. Au début des années 2000, en effet, seulement 3,2 % des publications faisaient l’objet de négociations pour la traduction. Un changement qui, selon Peresson, a été possible en partie aux genres littéraires choisis par les auteurs : « Beaucoup d’écrivains italiens ont commencé à mieux travailler sur les genres littéraires. Certains ont appris à modeler l’écriture sur les goûts du marché anglo-saxon », déclare-t-il.

 

Marco Vigevani, agent littéraire pour The Italian Literary Agency, rejoint les propos de Giovanni Peresson sur le policier : « Le noir italien est très recherché, surtout en France et Allemagne. […] Le roman littéraire pur rencontre plus de difficultés dans la traduction à l’étranger. »

 

Le roman reste la valeur la plus sure

 

Quels sont alors les genres italiens vendus à l’étranger ? Le roman reste le véritable protagoniste, car il représente encore plus d’un tiers des ventes : 36,2 % des droits ont été cédés en 2015 contre 17,2 % en 2007. La littérature jeunesse suit avec un poids de 36,1 % des ventes, alors que l’essai connaît une baisse de 12 %, de même que les livres illustrés, avec une chute importante de 32,6 %. 

 

Parmi les acheteurs, l’Espagne et la France sont les pays les plus intéressés. Les premiers ont acheté, l’an dernier, 879 titres italiens, alors que d’après Marina Valensise, à la tête de l’Institut culturel italien de Paris, les Français apprécieraient de plus en plus les romans qui reflètent « le classicisme, la beauté et la spontanéité de la vie italienne ». « La Grande Bellezza » de Sorrentino les aurait-il inspirés ? 

 

Si en France on découvre et renoue avec la production éditoriale de la Péninsule, en Angleterre l’on parle d’un véritable boom du marché. À la London Book Fair, Edoardo Albinati en lice pour le Prix Strega 2016, Marcello Fois et l’immanquable Roberto Saviano ont suscité un fort intérêt auprès des acteurs anglais. Marco Delogu, directeur de l’Institut italien de culture de Londres trouve dans la qualité la réponse à cet appétit : « C’est toujours la qualité qui paie. À l’Institut, nous cherchons à promouvoir les traductions en mettant à disposition des contributions, qui vont des 1500 euros au 5 000. »

 

Cependant, de nouvelles perspectives s’ouvrent également du côté asiatique. La vente des droits de traduction a augmenté de 111 % entre 2007 et 2015, surtout grâce à la Chine et au cas éditorial de Geronimo Stilton. Fin 2014, les aventures d’une des souris les plus célèbres du panorama littéraire avaient vendu 6 millions d’exemplaires et le livre a réussi à être adopté par des écoles chinoises.

 

Le Moyen-Orient, quant à lui, est aussi un marché qui commence à s’intéresser aux plumes italiennes avec un timide 3,7 % de traductions.

 

Et aux États-Unis, quel intérêt porte-t-on à la production italienne ? Giorgio Van Straten, directeur de l’Institut culturel italien de New York, remarque une curiosité grandissante pour l’œuvre intégrale de Primo Levi, ainsi que pour les conférences et les interviews de Giorgio Bassani, poète et romancier italien. Dernier phénomène en date, l’auteur Elena Ferrante, dont une aura de mystère enveloppe sa réelle identité. Publiée par Europa Editions, filiale américaine de la maison d’édition E/O, la saga italienne semble aller droit vers la voie d’une best-sellerisation. 

 

via La Repubblica