L'Obs oppose l'éthique à De la vertu, le livre de Cécile Amar et Mélenchon

Elodie Pinguet - 31.03.2017

Edition - Société - De la Vertu livre Mélenchon - journaliste Cécile Amar - journal L'Obs


Le 22 mars 2017, à un mois du premier tour de la présidentielle, la journaliste de L’Obs Cécile Amar a publié un livre d’entretien co-écrit avec Jean-Luc Mélenchon. Ce livre, De la vertu, lui a valu une nouvelle mission journalistique attribuée par la direction de la rédaction de L’Obs, que la journaliste vit comme « une sanction ».

 

 

 

C’est une nouvelle polémique qui secoue les couloirs du journal L’Obs. En mai 2016, le journal licencie sa directrice adjointe, Aude Lancelin. La journaliste a publié un livre sur les coulisses du journal, Le Monde libre (aux éditions Les liens qui libèrent), Prix Renaudot de l’essai 2016. Une affaire qui avait fait scandale et suscité de vives réactions autour de l’indépendance de la presse.

 

Presque un an après, L’Obs refait parler de lui. Une de ses journalistes politiques, Cécile Amar, était chargée de couvrir la campagne présidentielle du candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Le 22 mars, elle publie, aux éditions de l’observatoire, un livre d’entretien avec Jean-Luc Mélenchon, De la vertu.

 

Suite à cela, le journal lui a retiré la campagne du candidat. Une « sanction » qui a rapidement fait le tour des médias et du monde politique. Le 30 mars, une trentaine de personnalités, artistes, cinéastes, écrivains et hommes politiques ont publié une tribune sur le site Médiapart. Parmi eux, l’acteur Pierre Arditi, l’écrivaine Annie Ernaux, le réalisateur Jean-Louis Comolli ou encore les politiques Martine Aubry, Benoît Hamon et, bien sûr, Jean-Luc Mélenchon.

 

Ils se disent « atterrés par la sanction qui frappe Cécile Amar » suite à la publication de l’ouvrage alors que, d’après ses dires, « le directeur de L’Obs avait été prévenu par la journaliste et avait laissé faire sans émettre d’objection ».

 

Ils affirment n’avoir « aucun souvenir d’une punition de ce type à France Observateur, au Nouvel Observateur et plus généralement dans la presse écrite française ». Ils tentent de faire valoir « la liberté de questionnement des journalistes » au cours de cette « période incertaine » que nous vivons.

 

Sur L’Obs, Matthieu Croissandeau, directeur de la rédaction, a tenu à démentir ces rumeurs de sanction « mettant en cause la liberté du journal et de sa rédaction ». Il affirme que ce n’est pas l’indépendance journalistique qui a été remise en cause, mais qu’il s’agit « de la simple application d’un principe de bon sens ».

 

Il écrit encore : « Pour des raisons évidentes de clarté vis-à-vis de nos lecteurs, il ne nous paraît pas possible qu’une personne puisse à la fois coécrire l’ouvrage d’un candidat à la présidentielle à moins d’un mois du premier tour et suivre la campagne de ce même candidat dans nos colonnes. »

 

Il s’agirait donc d’une décision purement éthique qui aurait conduit à rédaction de L’Obs à attribuer la couverture des autres candidats à Cécile Amar.

 

Mais du côté des signataires de la tribune, on redoute une « intimidation à l’exercice de leur métier ».