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L'oeil le plus bleu de Toni Morrison fait scandale en Alabama

Nicolas Gary - 01.09.2013

Edition - International - Toni Morrison - censure - sénateur


Un sénateur de l'Alabama, décidé à se faire remarquer vient de proposer de supprimer un roman de Toni Morrison, prix Nobel de littérature et lauréate du prix Pulitzer. Selon Bill Holtzclaw, sénateur républicain, The Bluest Eye (L'oeil le plus bleu en français) présente un texte et un registre de langue qui sont inacceptables - et par conséquent, les bibliothèques scolaires doivent le faire disparaître.

 

 

Toni Morrison

Toni Morrison, de Cliff1066 CC BY 2.0

 

 

« Le livre est absolument inacceptable, tant dans la langue que dans le contenu », promet le sénateur. Voilà ce qu'en raconte son éditeur, dans le livre publié chez 10/18 et traduit par Jean Guiloineau : 

A Lorain, dans l'Ohio des années 40, Claudia et Pecola, deux fillettes noires, grandissent côte à côte. La première déteste les poupées blondes, modèles imposés de perfection qui lui rappellent combien sa haine est légitime.

L'autre idolâtre Shirley Temple et rêve d'avoir les yeux bleus. Mais face à la dure réalité d'une Amérique Blanche, le rêve de beauté d'une petite fille est un leurre qui ne cède le pas qu'au fantasme et à la folie.

 

Pas vraiment de quoi scandalisé, mais pour le sénateur, les autorités scolaires doivent faire en sorte que le livre ne soit pas mis à la disposition des élèves. Selon le classement de l'American Library Association, ce roman est le 15e livre le plus régulièrement interdit ou censuré aux États-Unis, entre 2000 et 2009. C'est pourtant pour ce livre que Morrison décrocha le Pulitzer. 

 

Morrison avait également eu les honneurs du Club du livre d'Oprah Winfrey, où la présentatrice star n'avait pas tari d'éloges. 

 

Holtzclaw souligne qu'il est de la responsabilité des personnes chargées des programmes scolaires de prévenir les contenus nuisibles pour les enfants. D'ailleurs, la demande viendrait de parents d'élèves qui lui auraient signalé le livre de Morrison. Le ministère de l'Education de l'Alabama a été contacté, pour signaler le problème, mais pour l'heure, aucune réaction officielle. 

 

Dans l'ouvrage, des séquences sexuelles, de maltraitance d'enfants ou encore des blasphèmes ont passablement choqué les administrés. « Nous sommes sur une pente glissante, et des gens trouveront des contenus répréhensibles dans la littérature américaine classique, qui sont largement acceptés. Mon objectif en ce qui concerne ce livre, est plus de savoir s'il mérite d'être lu », plaide le sénateur. 

 

L'ouvrage, publié en 70, avait été écrit alors que Morrison travaillait comme professeure à l'université Howard, femme divorcée avec deux enfants. Il parle de violence, de viol, d'inceste et de pédophilie. Dans un grand nombre d'écoles, au cours de ces quarante dernières années, il a connu des vagues de censures, des groupes de protestation considérant que les sujets étaient trop difficiles pour les enfants. 

 

Dans tous les cas, une cible facile pour un politique qui aurait besoin de faire parler de lui.