L'oeuvre et l'univers virtuel : les nouveaux réseaux de l'industrie

Clément Solym - 25.10.2012

Edition - Les maisons - SGDL - piratage - numérique


Poursuivant les journées de réflexions sur la place de l'auteur dans la création, et son rapport à internet, la Société des Gens de Lettres réunit différents acteurs pour évoquer les problématiques du positionnement de l'œuvre au sein d'un monde dématérialisé. Pour l'auteur, cela implique un nouveau positionnement, qui fait de lui un acteur de sa réussite... (lire la 1e partie de la table ronde, Vendre son oeuvre dans l'univers virtuel : oublier le papier)

 

Les mains à la pâte, avec le blog ? inju, CC BY-NC-SA 2.0

 

La présence de l'auteur sur internet

 

L'auteur, face au numérique, nécessite-t-il  d'avoir une existence sur les réseaux, d'avoir un blog ? Des stratégies ? Pour Camille de Toledo, si l'on exclut la question égotique du « comment j'apparais », ça devient plus du « comment mettre de l'ordre ». Créer par exemple un espace, sur internet, qui devienne un endroit où archiver les choses, afin de remettre sur le même plan des écritures différentes.

 

« Comment relier des écritures là où le marché fragmente ? », demande Camille de Toledo. Un blog, un espace propre à l'auteur, serait finalement « une façon de retrouver du ‘un' dans un système de diffusion qui casse ».

 

« Qu'est-ce que ça pourrait être, une œuvre… numérique ? »

 

Pour Camille de Toledo, il existe deux approches de l'œuvre : une approche « artiste » et une approche industrielle. « En tant qu'auteur, les deux choses m'intéressent : c'est-à-dire voir ce qui se fabrique et ce qui se pense comme forme, et voir à quel point il est extraordinaire, dans l'approche industrielle, les technologies puissantes du livre – comme la typographie –  sont balbutiantes et quasi nulles ».

 

De plus, les exigences ont changé. Un auteur ne peut plus seulement interagir avec son éditeur traditionnel. Il faut entrer dans des logiques de production qui sont celles de l'audiovisuel. « Un auteur, au XXIe siècle, s'il veut interroger des formes, doit rentrer dans une approche d'usine warholienne, de marque ou alors dans une forme collaborative ». Le plus étonnant, c'est que dans les logiques industrielles établies par le numérique, il y a des régressions majeures en typographie dans les limites et  la rigidité de l'epub, par exemple, l'un des aspects phares de l'édition depuis des siècles. 

 

« Ça va évoluer, mais pour l'instant tout ça est très archaïque », note Camille de Toledo. « Même les annotations, des fonctions archaïques de nos rapports au livre, sont à revoir ». Et à chaque étape, cela pose « des questions éthiques ». C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Camille de Toledo ne donne pas les droits numériques de ses œuvres, « car l'éthique du numérique n'est pas assez établie ».

 

Un espace où « il y a tout à inventer »

 

crushed paper - writer's block - crumpled paper with unfocused background

photosteve101, CC BY 2.0

 

 

Au moment de définir cet espace numérique encore en « expérimentation », Xavier de la Porte s'exclame : « Il y a tout à inventer. Il y a quelque chose de joyeux là-dedans. Pourquoi ne pas aller sur ce terrain à peu près vierge ? Un champ ouvert… »

 

Et les intervenants de s'étouffer… presque. « Il y a des acteurs économiques majeurs derrière ces formats qui les imposent. Pensons aussi aux ‘formats propriétaires' des tablettes », déclare Camille de Toledo. « Ce sont des enjeux considérables et Amazon a tout intérêt jusque-là à créer des formats propriétaires. L'expérimentation artistique a lieu sur internet, mais dès qu'on en vient à la production, alors ça échappe à la question de la territorialité, ça échappe aux auteurs et aux éditeurs ».

 

Tout est remodelé, est à repenser, et nécessite d'accepter, pour certains acteurs déjà présents dans les secteurs traditionnels, de changer les habitudes. « Les fichiers n'appartiennent plus vraiment à l'éditeur…  Amazon rajoute des couvertures à l'intérieur du fichier, par exemple », remarque Patrick Gambache.  « Les éditeurs découvrent et réagissent seulement maintenant… certes. Pourtant, les maisons passent un temps considérable à parler du numérique, on essaie de réfléchir en commun, et on nous suspecte alors de vouloir structurer le marché et de faire autre chose ». C'est aussi la question d'engager de nouvelles responsabilités, sur de nouvelles valeurs peu connues, dans une société qui fonctionne déjà sur des normes « sûres » et « expérimentées ».

 

Et… le piratage des œuvres ?

 

Est-ce une inquiétude fondée, une réalité ? Selon Mathias Daval, l'offre pirate d'ebook c'est à peine plus de 1% de l'offre. « Le problème ne vient pas tant de l'offre du piratage que de ce qu'il y a en face », annonce Mathias Daval. « Il y a beaucoup de fantasmes par rapport à ça, il s'agit plutôt de voir ce que les éditeurs proposent. Le piratage est une question marginale. »

 

De plus, pour Marc Jahja (sobookonline.fr), les pirates ont ça de positif qu'ils invitent à développer de nouveaux modèles économiques.  « Le piratage est aussi stimulant. »