L'ombre d'Andersen inspire un message de sagesse et tolérance à Murakami

Nicolas Gary - 01.11.2016

Edition - International - Haruki Murakami récompense - protectionnisme isoler étranger - Hans Christian Andersen


Le romancier Haruki Murakami a remporté le prix Hans Christian Andersen et lors de la cérémonie, délivré un discours de prudence et de tolérance. Depuis Odense, au Danemark, l’écrivain japonais a mis en garde contre les tentatives de réécriture de l’histoire. 

 

 

 

Pour célébrer le célèbre écrivain danois du XIXe siècle, le pays remet chaque année un prix, et cette année, la récompense allait à Haruki Murakami. Attendu que les sorties de l’écrivain sont rares, il fallait en profiter. Dans son discours, intitulé Le sens des ombres, il a pris pour référence directe à l’un des textes d’Andersen, L’ombre, un conte assez sombre.

 

« Peu importe la hauteur du mur que nous construisons pour empêcher les intrus d’entrer, peu importe l’exclusion radicale des étrangers, peu importe la façon dont nous réécrivons l’histoire à notre convenance, nous finissons toujours par nous blesser et nous porter préjudice à nous-mêmes », a lancé Murakami. Un rapport à l'histoire qu'il avait déjà développé, notamment en exhortant le Japon à assumer la sienne, et ses erreurs.

 

Une formulation très imagée, mais que les médias japonais ont immédiatement interprétée comme étant une référence aux vagues migratoires en Europe. Et un appel à ne pas verser dans le protectionnisme, de la part du romancier. Pour ce dernier, les individus, à l’image du conte d’Andersen, ne sont pas seuls à avoir un côté obscur : toutes les nations tentent de le dissimuler.

 

Et de continuer : « Nous devons quand cela est nécessaire, faire face à nos ombres, nous y confronter et parfois même travailler avec elles. Cela nécessite une réelle sagesse et du courage, bien sûr, car ce n’est pas une tâche aisée : des dangers surviennent, mais si l’on tente de les fuir, alors il n’est pas possible de grandir ni de mûrir ».

 

Et dans le pire des cas, c’est l’avenir de l’érudit, dans le conte d’Andersen, qui nous attend : être détruit par sa propre ombre. Or, tenter de détruire sa propre ombre ne mène nulle part, poursuit-il, il faut « apprendre à vivre avec son ombre », de même que le passé doit être accepté, et pas transformé.

 

« Si vous n’acceptez pas, votre ombre deviendra de plus en plus forte et sous peu, une nuit, reviendra frapper à la porte de votre maison. Certaines histoires extraordinaires peuvent nous apprendre bien des choses. Elles véhiculent des leçons qui transcendent le temps et les cultures. »

 

C’est un grand plaisir pour moi de recevoir le prix Hans Christian Andersen. Même au Japon, depuis plus d’un siècle, Hans Christian Andersen est un écrivain important, largement lu, et a exercé une influence majeure dans la vie des enfants. Son nom seul éveille un sentiment d’intimité. Haruki Murakami

 

Le prix Andersen a déjà récompensé JK Rowling, moins philosophe dans son discours, ainsi que Salman Rushdie. Il est doté de 500.000 couronnes danoises. Cette année, le comité a élu Murakami, pour sa vision globale dans l’écriture, et sa capacité à « mélanger l’art narratif classique, la culture pop, la tradition japonaise et le réalisme onirique, ainsi que les discussions philosophiques ». Tout cela faisait de lui un héritier tout à fait dans la lignée d’Andersen.