L'optimisation fiscale menace les emplois de Grande-Bretagne

Nicolas Gary - 18.02.2013

Edition - Economie - emplois - Grande-Bretagne - Amazon


James Daunt, le PDG de la chaîne de librairie Waterstones, vient de dégainer dans le Financial Times, une attaque directe contre la grande industrie que représente Amazon au Royaume-Uni. Il tient le groupe pour responsable de la destruction des emplois dans les centres villes britanniques. Rien que ça.

 

 

Amazon UK

Sean MacEntee, (CC BY 2.0)

 

 

Le taux de chômage qui monte en flèche, la multiplication des fermetures de librairies, tout cela n'a qu'un seul responsable, que James Daunt pointe du doigt, tout en désignant la firme américaine. Pourquoi la firme disposerait-elle d'allégements fiscaux pour ouvrir des centres de traitement et des entrepôts, alors que la société éradique en parallèle des emplois ? Le PDG pose la question : « Quelle est la proportion d'emplois qu'ils créent dans un entrepôt, par rapport au nombre qu'ils détruisent immédiatement dans les rues, et pourquoi le contribuable finance-t-il cette destruction ? »

 

Le gouvernement britannique, tout comme ce fut le cas en France, permet en effet à des entreprises de profiter de solutions fiscales qui puisent dans les finances publiques leur financement. Le tout en installant son siège social dans des pays où les taux d'imposition sont les plus bas possible - le Luxembourg. En effet, en 2011, pour l'ouverture d'un centre de distribution à Dunfermline, Amazon a perçu 10,6 millions £ originaires de fonds publics.

 

Et depuis novembre, les députés s'interrogent maintenant sur les optimisations fiscales réalisées par la société.

 

Pour James Daunt, le modèle économique d'Amazon est tout bonnement « destructeur d'emplois », et ses capacités à pratiquer l'optimisation fiscale sont tout bonnement incroyables. Le PDG accuse les politiques de permettre ce genre de situation, et de favoriser les multinationales, au détriment des commerces de rue et de proximité.

 

« Amazon est un Américain. Il dispose d'un responsable fiduciaire pour minimiser ses impôts, et va le faire. C'est la nature de la bête. Il appartient donc à nos dirigeants politiques d'avoir un régime fiscal qui soit juste et équitable, ce qui n'est certainement pas le cas pour le moment », poursuit Daunt. Pour qui il faut également mettre les supermarchés et les grandes surfaces dans le même panier : l'installation d'un centre Tesco dans une ville, c'est la mort pour les petits commerces, qui s'accompagne d'une dérisoire création d'emplois dans la ville. Mais impossible de se mentir : tout cela met à mal le lien social qu'entretiennent les commerces de proximité.

 

Des attaques dans les règles, mais qui sonnent mal, attendu que Waterstones a passé un accord avec Amazon, justement pour commercialiser les Kindles du géant américain, directement dans les boutiques de la chaîne. La société n'a d'ailleurs pas souhaité apporter de réponse aux propos de James Daunt. Un simple communiqué rappelle que des dizaines de millions de clients et de vendeurs, partout en Europe, apprécient ses services, dans toute l'Europe. 

 

Quant aux optimisations fiscales, opérées depuis un petit nid bien douillet, la firme reste sur ses positions : « Nous avons un siège européen unique, situé au Luxembourg, avec des centaines d'employés, pour gérer ces opérations complexes », découlant d'un marché européen global. C'est qu'il fallait bien trouver un endroit pour s'installer...