Le talent de conteurs des enfants afro-américains, une chance pour la lecture

Nicolas Gary - 06.08.2015

Edition - International - enfants afro américains - alphabétisation recherches - compétences orale


Quelle que soit la couleur de peau, les enfants ont besoin d’être stimulés dès le plus jeune âge, pour acquérir des compétences indispensables en lecture. Mais un Institut de Caroline du Nord, le Frank Porter Graham Child Development, vient de mettre à jour des caractéristiques jusqu’à lors inconnues. 

 

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Muriel HEARD-COLLIER, CC BY NC ND 2.0

 

 

L’étude est assez étrangement tournée, mais les résultats sont formels, souligne Nicole Gardner-Neblett, qui a dirigé l’étude. « L’importance de la narration pour les enfants afro-américains est primordiale dès les plus jeunes années », explique-t-elle. L’étude serait à la première à mettre ainsi en exergue un lien entre les compétences narratives et le niveau d’alphabétisation auprès de la population noire américaine. 

 

Ainsi, les scientifiques ont relié la capacité narrative des enfants afro-américains, avant leur scolarisation, avec le développement de compétences en lecture, au niveau de l’école maternelle. De précédents travaux avaient montré les liens entre récits oraux et alphabétisation, mais à des stades ultérieurs du développement, souligne la directrice de l’étude. 

 

Mais ce qui apparaît – et apparaît comme le plus étonnant – c’est que ce lien ne serait pas détecté aussi manifestement chez les enfants blancs, latinos ou asiatiques, s’étonne Nicole Gardner-Neblett. 

 

Pour aboutir à ces éléments, les chercheurs ont examiné 6150 enfants, distingués selon leur appartenance ethnique : latine, caucasienne, afro-américaine et asiatique. Et fut associé le revenu du ménage. 

 

Raconte-moi une histoire – variante sur "Dessine-moi un mouton"

 

Pour mesurer les talents de conteur des enfants, il leur a été fourni des photos, et, à partir de ces clichés, les scientifiques ont demandé qu’ils racontent une histoire. Les scores les plus élevés indiquaient que non seulement l’histoire était cohérente, mais surtout, elle s’agrémentait de détails et d’un vocabulaire riche. Et ce sont donc les enfants afro-américains qui se sont le plus distingués.

 

Dans les résultats, on remarque également que les enfants issus de familles ayant un faible niveau de revenus ont obtenu des scores plus faibles – quelle que soit leur origine ethnique. Des disparités socio-économiques dont les conséquences se retrouvent déjà dans bien d’autres enquêtes. 

 

« Disposer d’un répertoire de styles de langage variés, suggère que les enfants sont flexibles dans leurs histoires, adaptant leur narration, en fonction du contexte. Cette capacité d’adaptation peut profiter aux enfants afro-américains dans leur transition de l’utilisation du langage oral vers le décodage et la compréhension d’un texte écrit. » Si pour tous les enfants, l’association entre narration orale et alphabétisation soit cruciale, aucune autre étude n’avait tenté cet angle jusqu’à lors.

 

Et de conclure qu’il pourrait être profitable, dans les salles de classe de maternelle, de stimuler les interventions orales des enfants, pour les conduire à développer des compétences de lecture par la suite. 

 

« Le conte oral a profité d’une importante place dans l’histoire de nombreux peuples, et c’est un aspect particulièrement riche dans les cultures noires, à travers la diaspora africaine », indique Iheoma Iruka, qui a collaboré à ces recherches. « Miser sur les compétences narratives orales des enfants est une stratégie pour les établissements qui cherchent à mieux connecter les enfants entre eux. »

 

(via Futurity)