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L'orthographe en France : où en est-on ?

Bouder Robin - 01.06.2017

Edition - Société - projet voltaire - niveau orthographe france - certificat orthographe


Pourquoi les collégiens se désintéressent-ils de l'orthographe ? Le niveau de langue progresse-t-il en fonction de l'âge ? Pourquoi les femmes surpassent-elles les hommes dans ce domaine ? Et une bonne fois pour toutes, dit-on « à l'intention de » ou « à l'attention de » ? Autant de questions auxquelles ont répondu Julien Soulié et Pascal Hostachy, membres du projet Voltaire, lors d'une conférence de presse ce 1er juin. À l'appui, un baromètre du niveau en orthographe des Français pour la 3e édition du projet.

 

Komsomolec - Domaine public


 

« Aujourd'hui, un bon niveau en orthographe est un facteur clé de différenciation sur un CV, et peut-être la principale préoccupation des recruteurs. » D'emblée, Pascal Hostachy, cofondateur du projet Voltaire, énonce une réalité qui effraie les plus jeunes et fait acquiescer les plus âgés. Impossible d'y couper : tôt ou tard, les règles de grammaire les plus sournoises et tortueuses se rappelleront à vous. Mais pas de panique : le projet est là pour aider à effacer les petites erreurs du quotidien.


Le projet Voltaire est un service en ligne de remise à niveau en orthographe, qui compte aujourd'hui 4 millions d'utilisateurs. Le but du jeu est de dénicher les erreurs dans une série de phrases à la difficulté plus ou moins élevée, et bien entendu, de réviser ce faisant ses leçons de grammaire... Avec, à la clé, un certificat, à la manière du TOEIC pour l'anglais. Si l'orthographe revient peu à peu dans les préoccupations sociétales, avec pour preuve les 100 000 participants à l'examen depuis son lancement en 2010, il reste tout de même de nets progrès à faire...

 

Les femmes meilleures que les hommes

 

Avec 602 points sur 1 000 contre 532 pour les hommes, les femmes ont en moyenne un score plus élevé au certificat Voltaire. « Je pense qu'il y a plus de pression scolaire sur les filles », explique Julien Soulié, lui-même professeur de lettres classiques en université et membre du projet depuis 2 ans.

 

Pascal Hostachy pense également que cette différence se joue dès l'adolescence : « Les parents ont tendance à mettre plus de pression sur les garçons pour ce qui est des matières scientifiques ; cette pression-là, on ne la retrouve pas tellement chez les filles. Souvent, il y a une espèce de tolérance, voire de condescendance des parents à l'égard des filles pour ce qui est des maths. On retrouve ainsi plus de filles envoyées en section littéraire que de garçons, ce qui joue sur leur niveau en langue française. »

 

Une progression en fonction du niveau d'études ou de l'âge ?

 

Les collégiens maîtrisent 27 % des règles de base, des résultats pour le moins « inquiétants », pour reprendre les mots de Julien Soulié. Ainsi, « moins d'un collégien sur deux maîtrise la règle du "ça/sa" ou celle du "et/est" ». Un niveau qui augmente un peu au lycée, puis en études supérieures... Mais il faut attendre le milieu professionnel pour que soient maîtrisées la moitié des règles de la langue française !

 

Alors que le niveau des collégiens a baissé ces 5 dernières années, il s'agit à présent de leur faire comprendre l'importance de cette mécanique réflexive qu'induit la maîtrise de l'orthographe. « Aujourd'hui, il y a un désintérêt de la part des collégiens, explique le professeur. Ils ont des correcteurs automatiques, de la même manière qu'ils ont des calculatrices pour faire des maths. Pour eux, ça n'a pas de pertinence. Le tout est de redonner du sens à l'orthographe et à l'enseignement de la langue. »

 

Autre problème majeur soulevé par Julien Soulié : le nombre d'heures d'enseignement a largement diminué depuis quelques années ; les professeurs de français estiment ne plus avoir assez de temps pour dresser un portrait complet de la langue à leurs élèves, d'autant que, toujours selon l'enseignant, on décourage l'enseignement de cours de grammaire au sens classique du terme au profit de petites leçons par-ci par-là... Une méthode qui ne met pas l'importance de l'orthographe en valeur.

 

Quant à l'amélioration du niveau après les études, là encore, le constat dressé est inquiétant : « Met-on réellement en évidence des progrès ? Ou est-ce une simple différence en fonction de la génération ? Si on ne fait rien aujourd'hui, je ne suis pas certain que les collégiens d'aujourd'hui connaîtront 52 % des règles dans 10 ans... », s'interroge Pascal Hostachy.

 

Malgré cela, le cofondateur du projet demeure optimiste : pas moins de 700 entreprises et 2 000 établissements d'enseignement travaillent en partenariat avec Voltaire. Certaines écoles post-bac conditionnent même parfois le diplôme à l'obtention du certificat... Suffisant pour relever le niveau ? Les deux membres du projet espèrent en tout cas battre à terme la culture « SMS »...


« Le tout est de dédramatiser les problèmes d'orthographe. Les collégiens vivent les dictées comme une souffrance ; il faut rendre ça ludique, en racontant par exemple des anecdotes sur l'origine des mots. »
 

Quand l'orthographe devient une préoccupation

 

Tout espoir n'est pas perdu, loin de là. Une préoccupation grandissante pour l'orthographe se fait sentir depuis quelques années, alors que les recruteurs sont de plus en plus exigeants. Bon indicateur de cette prise de conscience, le site Question-orthographe.fr, géré par le projet, enregistre 300 000 visites uniques chaque mois. Des curieux qui posent directement aux administrateurs les questions qui les turlupinent concernant la grammaire française... Et souvent en fonction de l'actualité.

 

« Le jour de la Saint-Valentin, le site a enregistré 233 questions sur la présence d'un "s" à la fin de "Je vous aime". Mais la plupart du temps, ce sont des questions relatives au milieu professionnel, allant de "Pour toute(s) information(s)" à "Je suis en congé(s)". »

 

Les Français et l'orthographe en 5 leçons


Concrètement, nombreux sont ceux à vouloir sauter le pas du certificat. « À ce jour, plus de 100 000 personnes ont passé l'examen du certificat Voltaire, dont 35 000 rien que sur l'année 2016. En 2017, nous attendons 50 000 participations », estime Pascal Hostachy.

 

Que vous ayez donc besoin d'une remise à niveau ou simplement de vous rassurer, le projet Voltaire est ouvert à toutes et à tous. Comme disait Rousseau, « Ile faux rougire de fair une fôte, est non de la réparé »... ou quelque chose comme ça.