La gratuité c'est le vol : une analyse "lacunaire, voire illusoire"

Nicolas Gary - 28.09.2015

Edition - Société - Richard Mlka auteurs - Vincent Montagne SNE - droit auteur gratuité


Les auteurs ne sont pas seuls à être restés de marbre devant le pamphlet de l’avocat Richard Malka, écrit pour le compte du SNE. On y trouvait tout à la fois des choses contre la réforme du droit d’auteur, au niveau européen, et d’autres sur la loi numérique d’Axelle Lemaire. Mais dans l’ensemble, non seulement l’opération virale tourne à vide, mais elle compte des détracteurs peu décidés à se laisser embarquer dans ce faux combat.

 

Matthieu de Montchalin, Vincent Montagne et Alain Kouck - Salon du Livre 2014

Vincent Montagne - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Vincent Montagne, président du SNE, s’était fendu d’un courrier à destination des libraires, en date du 7 septembre. Le document accompagnait le livret de Malka, avec des déclarations fortes. Le président y faisait toujours état du danger et de l’urgence qui plane, dénonçant les deux textes législatifs en préparation. Le texte est passablement identique à celui qui était destiné à la presse.

 

À quelques nuances près : « Ce cauchemar juridique et créatif éveille les consciences de nombre d’auteurs et des défenseurs de leur liberté. [...]  Vous, libraires, connaissez l’importance que revêt le droit d’auteur dans la rémunération des créateurs et des filières culturelles. Vous constituez un large réseau professionnel et accessible par lequel le grand public pourra aisément s’approprier ce combat. »

 

Et comme il s’agit d’attirer l’attention, comme pour tout autre ouvrage, sur la diffusion, le SNE assure qu’une campagne de médiatisation « accompagnera sa sortie. De nombreux auteurs seront à nos côtés pour défendre leur droit. Grâce à vous, il pourra toucher vos plus fidèles lecteurs ». On n’aurait pas écrit un argumentaire différent pour un roman lambda de la rentrée.

 

Comme si cette approche allait convaincre plus habilement les libraires de publier un document de toute manière gratuit, mais, peu à même d’intéresser les lecteurs, tout en occupant de la place à côté des caisses. Et de conclure : « Ce combat est celui des auteurs et des éditeurs. Il est le vôtre, amis libraires. Il est aussi celui de nos lecteurs qui, depuis des siècles, par leur intelligence et leur bon sens sont à la racine de l’audience, et bâtissent le succès de nos auteurs. Il est en somme celui de toutes celles et ceux qui croient en la liberté, qui croient en la création et défendent l’accès au savoir et à la connaissance. »

 

Le "caractère lacunaire, voire illusoire, de son analyse"

 

Or, qu’on l’appelle manifeste ou torchon, l’ouvrage n’a pas reçu le soutien inconditionnel des auteurs. Ainsi, Dominique Mazuet, président de l’Association de Défense des Métiers des Livres et membre du Syndicat des Libraires salariés et indépendants, n’a pas non plus maché ses mots. Selon lui, l’initiative du SNE atteste « des initiatives désastreuses des pouvoirs publics qui ont affecté ces dernières années la lecture, le livre et l’ensemble de sa chaîne de métiers ». Et cela, au nom, comme le souligne le président du SNE « d’une prétendue modernité ». Sur ce point, le président de l’ADLM rejoint son homologue du SNE.

 

Toutefois, si la mobilisation et la prise de position du syndicat sont louables, il y a un couac. « Il nous semble cependant spécieux et inconsistant de dissocier l’absurde et désastreux formatage “européen” des droits d’auteurs de l’ensemble de la politique dont cette mesure n’est qu’un “dommage collatéral”. C’est pourquoi, en dépit de ses qualités rhétoriques, l’ouvrage de Malka se trompe de cible et, même si c’est pour le bon motif, mène un combat stérile et d’arrière garde, du simple fait du caractère lacunaire, voire illusoire, de son analyse des phénomènes économiques sous-jacents. »

 

L’ADLM poursuit depuis trois ans « une action de lutte scrupuleusement informée aussi bien contre l’imposture de la gratuité que contre l’ensemble des orientations politiques, économiques et culturelles qui y ont abouti », rappelle-t-il. À ce titre il renvoie vers la brochure Critique de la raison numérique, qu’il a lui-même fait paraître aux éditions Delga – et principalement celui du fantasme de la gratuité. (Editions Delga)

 

Et que nous reproduisons ci-dessous avec son aimable autorisation. Nous publierons un entretien avec Dominique Mazuet dans la journée.