L'UE soupçonne une entente illégale chez les éditeurs

Clément Solym - 02.03.2011

Edition - Justice - entente - prix - livre


La commission européenne n'est probablement pas aussi facile à convaincre du bien-fondé du prix unique du livre numérique, que le rapporteur Gaymard a gentiment défendue à l'Assemblée nationale.

En effet, plusieurs sources rapportent que le service de la concurrence de l'UE s'est intéressé de très près à différentes maisons, qui ne sont pas citées, et que des inspections ont eu lieu chez plusieurs éditeurs des pays d'Europe. De forts soupçons pèsent quant à une entente et des pratiques anticoncurrentielles sur le prix des ebooks, explique Amelia Torres, porte-parole de la commissaire à la concurrence, Joaquin Almunia.

« Nous ne citerons pas les maisons d'édition, ni les pays, parce que nous en sommes juste aux débuts de l'enquête. Nous n'en sommes pas non plus à accuser qui que ce soit, et nous n'avons aucune preuve. Nous ferons savoir si nos soupçons sont confirmés. »

Selon 01Net, qui cite le président de la maison Albin Michel, cette véritable rafle proviendrait d'un lobbying exercé par Amazon - et des maisons telles que Flammarion, Gallimard, Hachette ou Albin Michel auraient ainsi reçu la visite des fonctionnaires de la Commission européenne, ainsi que de ceux des services de la conccurrence.

« Cette opération est téléguidée par Amazon. Ils se sont installés au Luxembourg pour ne pas payer la TVA en France et ils voudraient pouvoir vendre les livres à n’importe quel prix comme ils le font aux États-Unis, en proposant des best-sellers à 9,90 dollars. Mais ils n’auront pas nos fichiers ! », explique le patron d'Albin.

Mais alors, le contrat de mandat, négocié pourtant outre-Atlantique et qu'Amazon s'est fait imposer, bon gré mal gré, ça ne marche pas si bien que cela ? Et pour ce qui est des fichiers, quid d'Apple et de son iBookstore ?

Chose amusante : cette enquête diligentée par la Commission fait suite à une même enquête lancée outre-Atlantique et outre-Manche, sur les mêmes problématiques d'ententes sur le prix de vente, mais du côté des revendeurs cette fois-ci.

Or, le délire est complet quand on sait que la loi sur le Prix unique du Livre Numérique est elle-même une émanation du Syndicat National de l'Edition, censée défendre les éditeurs - probablement pas ni les libraires, ni les auteurs - et qu'elle sera elle-même impactée par un lobbying fortement exercé de la part des acteurs américains. (notre actualitté)

Difficile pour le moment de savoir si cette enquête est liée directement à la loi prévue en France, d'autant plus si elle concerne effectivement d'autres maisons d'édition en Europe.

Atlantico rapporte également des commentaires de sources syndicales : « Ces perquisitions sont absurdes, alors que nous sommes dans une bataille mondiale face à des acteurs ultra puissants, la Commission s'est laissée manipuler par les gros sites de vente en ligne de biens culturels sur Internet. »

Contactées par ActuaLitté, plusieurs maisons confirment l'information, annonçant simplement avoir reçu la visite d'inspecteurs venus pour « étudier les stratégies commerciales autour du livre numérique ».