L'ultime cri de Ginsberg : "Les choses que je ne ferai pas (Nostalgies)"

Antoine Oury - 24.01.2014

Edition - International - Allen Ginsberg - Thing I'll not do - dernier poème


C'est le genre de texte qui fout le cafard, ou qui, au contraire, incite à profiter de la vie et à utiliser au mieux le temps qui nous est laissé. Le 30 mars 1997, Allen Ginsberg, poète iconique de la Beat Generation, se saisit d'une feuille de papier pour y coucher son dernier poème, au titre plus que révélateur : Things I'll Not Do (Nostalgias).

 


Le dernier poème d'Allen Ginsberg

 

 

La semaine précédente, Ginsberg avait tenté de joindre tous les contacts de son répertoire, pour quelques derniers mots. En phase terminale d'un cancer du foie, le poète se savait condamné, et, une fois ce passage en revue terminé, il s'est tourné vers lui-même pour une dernière oeuvre, listant ce qu'il n'a pas fait dans sa vie, et qu'il aurait voulu accomplir.

 

On retrouve évidemment, pour ce grand voyageur, nombre de destinations jamais atteintes : la Bulgarie, l'Albanie, Lhasa, Beirut ou la Syrie. Mais également quelques drogues, que l'homme aurait voulu sentir couler dans ses veines et circuler dans son cerveau : « Fouler le sol ou fumer de la ganja sur les rives de l'Hooghly [fleuve indien] », « l'antique opium tribal de l'Afghanistan, du Tibet » ou « laisser reposer ma tête dans les fumeries d'opium de Chinatown ».

 

Ginsberg regrette également « l'écriture des slogans de l'esprit, les nouveaux poètes américains Williams Kerouac Reznikoff Rakosi Corso Creely Orlovsky », et cite d'autres proches qu'il aurait voulu revoir ou connaître, tels « le vieux cousin Danny Leegant, les souvenirs de tante Edith à Santa Monica ».

 

Il termine, désabusé, sur le dernier individu qu'il regrette de ne pas avoir rencontré : « Pas même moi-même, sauf dans une urne funéraire. » Le poète expire le 5 avril 1997, moins d'une semaine après l'écriture de cet ultime texte.

 

 

 

 

(via Open Culture)