Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

L'ultime rebondissement pour les librairies Sauramps : verdict le 19 juillet

Nicolas Gary - 13.07.2017

Edition - Librairies - librairies Sauramps Furet - Montpellier Sauramps Sevestre - tribunal commerce Sauramps


La procédure arrive à son terme, et, de toute manière, un pourvoi en cassation « serait économiquement suicidaire », assure-t-on. Au terme de l’audience en appel de ce 13 juillet, les différentes parties se sont retrouvées. Le devenir des librairies Sauramps sera définitivement scellé le mercredi 19 juillet. Mais toutes ces péripéties judiciaires laissent un goût amer.


Grève à Sauramps Odyssée
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Du côté des délégués syndicaux, tout s’achève avec le sentiment d’avoir fait le maximum « pour préserver le plus d’emplois possible. Nous avons travaillé dur, et quel que soit le repreneur, il devra prendre en compte cette réalité. » 

 

L’autre réalité, que personne n’oublie, c’est que « tous ces combats menés, ou l’étude des offres des repreneurs, nous les avons endurés parce que les dirigeants de Sauramps, depuis des années, sont plus que défaillants ». Dont acte. 

 

Que la cour d’appel du tribunal conforte le jugement de première instance ou décide de confier Sauramps au groupe Amétis, « la direction devra rendre des comptes aux salariés qui ne seront pas repris », insiste Julien Domergue, délégué SUD. 

 

Pour le jugement en appel, les plaidoiries importent moins que les dossiers déposés, ce qui n’empêche pas de savourer les interventions des avocats représentant les différentes parties. 

 

Odyssée, des révélations
 

On a ainsi pu apprendre, en vertu de nouveaux documents présentés, que la société Sauramps Odyssée, située dans le centre commercial Odysseum, se trouve dans une meilleure posture que prévu. « Dans les faits, si l’on met de côté les frais d’amortissements – l’emprunt contracté à l’ouverture et qui s’achève en 2019 – Odyssée est une entreprise bénéficiaire. Et malgré le loyer et les charges, dont on a toujours souligné le poids. C’est tout le contraire de Triangle, qui est déficitaire, et va nécessiter des travaux prochainement », indique une proche du dossier.

 

Or, la société Ametis, qui dans son offre s’était engagée à reprendre l’ensemble du périmètre – toutes les librairies, mais également la holding Mosaïque – a annoncé qu’elle solderait le crédit d’Odyssée. L’espoir revient, sans cesse...

 

« Nous avons réalisé un excellent chiffre depuis la rouverture d’Odyssée, et, bien que nous ne disposions plus de nouveautés, les clients nous soutiennent fortement – en réalité, nous faisons même d’excellentes ventes. Les gens sont venus en masse », explique une libraire d’Odyssée.

 

Pareil pour Triangle : « Nous avons pu faire venir des livres, payés grâce aux avoirs – nous avions fait des retours qui l’ont permis. Bien entendu, ce sont des commandes pour réapprovisionner à minima : ce n’est pas vide, même si l’on manque un peu de quantité », constate un employé. 

 

Les salariés de Sauramps prennent la parole, entre espoir et inquiétude

 

Et au global, l’entreprise est « dans les clous, mais il ne faudrait pas que la situation s’éternise ». Seul le ministère public pourrait se pourvoir en cassation – or, l’avocat général était le plus réservé concernant l’appel interjeté par l’ex-PDG, Jean-Marie Sevestre. Ce dernier est par ailleurs resté sur ses positions, et a insisté sur l’avis rendu par le tribunal en première instance.

 

Les dernières heures
 

Le groupe Amétis se proposait en effet de reprendre l’ensemble des sites et 94 des 119 employés. Ils conservaient près de 80 % des emplois. Le furet du Nord ne conservait que deux sites (Alès et le Triangle) et seulement 57 employés. C’est 62 postes qui sont supprimés, soit 52 % des effectifs licenciés. Au cours de la plaidoirie, les conseils du liquidateur et de l’administrateur continuent d’affirmer que l’offre du Furet reste la plus probante.  

 

D’un côté, donc, le Furet qui plaidait l’irrecevabilité, de l’autre, Amétis qui plaidait pour faire annuler le jugement du tribunal de commerce. « Dans les faits, si la cour sursoit à statuer sur le fond, cette situation lui laisse une solution appréciable. Elle peut ainsi laisser la main à la première décision », analyse un proche du dossier.

 

Sauramps porteur “d’une culture que nous devons protéger” (Furet du Nord)

 

De l’autre, les salariés semblent avoir été mieux pris en compte durant cette plaidoirie : « En première instance, on a le sentiment que le juge avait mésestimé les qualités des équipes en place. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce sont les frais généraux et la mauvaise gestion qui ont conduit la société à sa situation. »


Le PDG du Furet du Nord, Pierre Coursières, n’a pas souhaité faire de commentaires. Contacté par ActuaLitté, Jean-Marie Sevestre nous accuse d’avoir « proféré des insanités et alimenté un feuilleton », avant de raccrocher. Sa gestion avait été mise en cause dans une tribune rédigée par un délégué du personnel.
 

Spoiler alert : Mouvement social en perspective
 

Pour Philippe Castelneau, délégué du personnel de Sauramps Odyssée, « enfin, on a pu rétablir quelques vérités sur notre librairie : Odyssée n’est plus le cœur de tous les maux, et même, se révèle un espace attractif ». Certes, la librairie sera fermée demain – journée fériée du 14 juillet oblige – mais le plaisir de retrouver ces lieux est réel.

 

« D’autant plus que, face à tribunal, Ametis a véritablement étayé son projet : ils ont apporté des garanties quant au recrutement d’un directeur général qui sera un professionnel du livre. » Les aménagements prévus pour le centre commercial Odysseum laissent également entendre que, « pour le moyen terme, la librairie aurait un véritable potentiel, surtout débarrassée de sa dette ». 

 

La crainte des salariés, dans l’offre d’Ametis, était en effet de retrouver Alain Panaget, actuellement directeur de Triangle au poste de directeur général. « Comme un recrutement doit s’opérer, il ne pourrait pas occuper cette fonction. Et de même, tout DG qui prendra ses fonctions opérera un audit, et ne devrait pas mettre longtemps à comprendre où sont les faiblesses. »

 

En préservant les postes de directeurs d’établissement, quelle est la stratégie d’Ametis ? « Ils nous ont indiqué que le recrutement se ferait sous 15 jours, pour le DG. Ensuite... Ensuite, s’il s’avérait qu’Alain Panaget devait conserver sa place, alors ça ne passera pas. Ce serait notre confiance qu’Ametis trahirait et cela entraînerait certainement un mouvement social. »