L'UMP à la défense de la librairie indépendante - plutôt deux fois qu'une

Nicolas Gary - 17.04.2013

Edition - Librairies - librairie indépendante - Aurélie Filippetti - Gérard Collard


Nos députés sont particulièrement actifs ces derniers jours : Sylvain Berrios (Val-de-Marne, UMP), vient d'interpeller la ministre de la Culture sur des questions très proches de celles développées par François de Mazières (député UMP des Yvelines, fin décembre). Sur la question de la concurrence entre les librairies et les vendeurs en ligne, c'est toujours le même gros que l'on accuse : Amazon.

 

 


 

 

La question parlementaire a été déposée hier, mais le sujet est éternellement d'actualité, après que la ministre a dévoilé, durant le Salon du livre de Paris, une partie du plan de soutien aux librairies indépendantes. En décembre 2012, au lendemain de Noël, François de Mazières attirait en effet l'attention de la ministre sur les subventions perçues par l'Américain, pour la création de ses entrepôts, mais également le paradoxe d'un libraire en ligne qui serait redevable de quelque 198 millions € d'arriérés d'impôts. 

 

On pourra trouver la question et même la réponse de la ministre, à cette adresse, laquelle assurait, une dizaine de jours avant son discours au Salon du livre, qu'elle allait s'efforcer de rendre deux points de rentabilité aux librairies. 

 

M. Sylvain Berrios, sollicité par une électrice de sa circonscription, dont l'attention avait été attirée sur le sort des librairies indépendantes, a été ému par cette cause. Il a donc décidé de solliciter la ministre de la Culture, sur les étranges avantages qui profitaient à Amazon. En pointant les mêmes problématiques que celles présentées par le député de Mazières. 

 

Ctrl+C / Ctrl+V

 

Mieux : ce sont les mêmes termes utilisés. Mieux : c'est un copier-coller stricto sensu d'une question à laquelle les services du ministère avaient déjà répondu. Une question rédigée complètement identique, reprenant les mêmes chiffres et, ô amusement, la même erreur. En effet, le député de Mazières évoquait un centre logistique situé à Sarran, en Corrèze, or ce dernier est bien à Sarran, mais près d'Orléans... (voir la question)

 

 

Le texte du député de Mazières

 

 

Le texte du député Berrios

 

 

 

 

Identique, la question ? En totalité, quasiment. En réalité, si la question de M. Berrios est strictement la même que celle posée par M. de Mazières fin décembre, elle contient une petite nuance, en concentrant un peu plus le message sur... la librairie. Comment ? Voici la subtile différence, tenant sur deux lignes.

 

La librairie indépendante ne peut plus faire face à la concurrence actuelle en raison de fiscalités trop disparates. Il est grand temps de protéger le libraire de proximité qui conseille mieux, qui apporte plus de lien social, qui est un service de qualité de proximité. 

 

L'entourage de M. Berrios précise à ActuaLitté que la question leur a en effet été transmise par une électrice, laquelle avait même ajouté une vidéo de Gérard Collard, libraire dirigeant La Griffe noire - et premier à s'être présenté à un siège pour l'Académie française. D'un autre côté, cette répétition est un effort pédagogique qu'il convient de saluer - la répétition étant à la base de la pédagogie, comme on le sait.

 

Pour une égalité commerciale entre libraires

 

Ce dernier s'amuse de ce copier-coller, mais renchérit volontiers sur « l'absence de réaction des pouvoirs publics », nous précisant que le plan de soutien annoncé par la ministre n'est pour lui qu'« une enveloppe de 9 millions €, comme une aumône ». Le libraire souhaite avant tout de la clarté dans le comportement du ministère : « S'ils ont décidé de laisser mourir la librairie indépendante, d'accord, mais que l'on nous en informe ! Je veux bien me battre, c'est ce que je fais, mais avec les mêmes contraintes appliquées à tous.  » 

 

Selon lui, la problématique n'est donc pas autour d'un plan de soutien aux libraires, mais bien plutôt du côté de l'Europe, et du paradis fiscal que représente le Luxembourg. « Nous n'avons plus, en France, de relais, des gens qui nous écoutent et qui agissent. Or, c'est en foutant le bordel qu'on en vient à être entendu. Pour la librairie, les enjeux sont simples : une égalité de la concurrence, une formation des libraires aux nouvelles technologies. » Et une fois ce programme mis en place, au moins y verra-t-on mieux. 

 

« Aujourd'hui, le ministère de la Culture est à côté de ses pompes. L'avenir de la librairie, c'est un choix de société, qui dépasse les clivages politiques. Soit on en prend la mesure, et on réagit, soit on arrête les annonces de ce genre. » À ce titre, une page Facebook a été lancée, réclamant une « égalité des chances commerciales entre les libraires ». 1240 personnes sont déjà d'accord...