L'université est-elle oubliée au profit des grandes écoles ?

Clément Solym - 19.01.2010

Edition - Société - grandes - écoles - universités


La polémique autour du quota d'élèves boursiers dans les grandes écoles ne serait qu'un écran de fumée devant un problème plus grave et plus profond de l'enseignement supérieur, celui de la dévalorisation du cursus universitaire selon les membres du groupe « Refondateurs de l'université ». Revenons plus en détail sur les quelques informations que nous donnions ce matin.

L'université ne serait plus « l'avenir de l'enseignement supérieur français » ?

Ce groupe avait déjà proposé lors des manifestations universitaires de l'année dernière, de refonder une université qu'ils estimaient en déclin. Selon eux, le fait de mettre en avant les cursus d'excellence (les grandes écoles) avec cette mesure des quotas est un aveu masqué du déclin inexorable de l'université.

Dans une tribune libre sur Le Monde, ils affirment : « Cette politique a une logique. Elle repose sur l'idée que, décidément, l'institution universitaire serait irréformable ; malgré les réformes successives, malgré les efforts financiers, il faudrait se rendre à l'évidence que ce n'est pas là que se joue véritablement l'avenir de l'enseignement supérieur français ».

Selon eux, cette politique ne peut pas fonctionner étant donné que le secteur des grandes écoles et des universités « sont en fait étroitement interdépendants ». Ils expliquent que les grandes écoles se focalisent sur la professionnalisation et non sur la recherche, or l'enseignement repose sur la recherche. De plus, une partie du personnel vacataire des grandes écoles provient du milieu universitaire.

Les grandes écoles et l'université un destin lié ?

D'un autre côté, même si moins de crédits étaient accordés à l'université, celle-ci continuerait à coûter cher ne serait-ce que par la masse salariale. Le groupe estime qu'« Il serait plus simple de reprendre les choses à l'envers en prenant la mesure du capital intellectuel actuellement réuni dans les universités françaises et de sa sous-utilisation gravissime par la nation. C'est pourquoi nous continuons à appeler à une Refondation de l'université française, qui mette un coup d'arrêt au processus en cours qui est une véritable bombe à retardement ».

Pour cela, ils envisagent d'offrir aux universités un droit à la « sélection-orientation de leur public » cela sans bien-sûr remettre en cause le principe de large accès aux études supérieures. Il s'agirait selon eux de recentrer chaque filière. Les IUT et BTS par exemple qui avaient été créés pour accueillir les bacheliers des filières non générales ne devraient pas accepter de titulaires de baccalauréat général.

Ceux-ci devraient être naturellement orientés vers l'université pour laisser les places aux titulaires des bacs pros et techniques. Cette mesure permettrait selon les « Refondateurs de l'université » de faire baisser le taux d'échec en premières années à l'université.

Ils concluent cette tribune en affirmant « Ce n'est pas seulement l'avenir de la jeunesse qui est ici en jeu, c'est celui de notre pays lui-même, dont la recherche et le savoir sont les seules richesses tangibles et renouvelables ».