L'usine à gaz des aides d'État en faveur des auteurs

Nicolas Gary - 24.04.2020

Edition - Economie - auteurs aides fonds - ministère Culture Riester - livre édition soutien


Depuis le début de la crise, une dizaine d’organisations professionnelles tirent la sonnette d’alarme : la gestion « par secteur de diffusion » de l’ensemble des artistes auteurs s’annonçait aussi compliquée qu’inéquitable. Alors que les multiples fonds et guichets délégués par le ministère de la Culture deviennent opérationnels, le premier bilan laisse pantois.

Dessin de Marc Lizano

 
Il est question d’argent public et de plan de sauvetage en plein cœur de la crise. Plutôt que d’avoir choisi d’abonder un seul et même fonds pour les créateurs, géré par l’État, le ministre de la Culture a décidé de doter à la fois des opérateurs publics et privés pour reverser des aides aux créateurs.

Alors que les autres professions bénéficient de soutiens directs, à travers la DGFIP ou encore l’Urssaf, les auteurs se retrouvent face à une usine à gaz qui sidère en ces temps de crise. Une pétition, qui a atteint 10 000 signatures, demande un changement de stratégie dans la gestion de la crise pour la profession.
 


Dans un récent communiqué, le syndicat le CAAP fait un bilan de tous les guichets existants : selon les secteurs (musique, audiovisuel, livre, arts visuels, etc.) les artistes auteurs n’ont pas accès aux mêmes aides, aux mêmes montants ou doivent faire face à des critères très ouverts ou fermés. Pendant ce temps, alors que nous sommes fin avril, le fonds de solidarité national reste inaccessible à une partie des créateurs.

La raison ? Problèmes techniques toujours irrésolus. Les auteurs n’ont donc d’autre choix que de se tourner vers ces guichets censés être « subsidiaires » mais qui appliquent étrangement la même logique que le fonds de solidarité national, mais avec parfois encore plus de critères... de quoi laisser rêveur.
 
Par exemple, le CNAP, le seul opérateur public doté, ne dispose que d’une enveloppe de 500.000 € pour 80.000 artistes recensés, dont environ 30.000 « professionnels » selon le critère de l’affiliation Agessa/Mda. En comparaison, la SACD s’est vue dotée d’une nouvelle enveloppe de 500.000 € pour les auteurs du spectacle vivant, qui seraient à peine 1000 selon les statistiques de 2018, dont environ 200 « professionnels » selon le critère de l’affiliation Agessa/Mda.

Chaque opérateur juge lui-même, à sa discrétion, de la « professionnalité » des artistes auteurs pour leur donner ou non des aides. Ce système montre une absence d’appréhension des créateurs eux-mêmes.

Récemment, la Ligue des auteurs professionnels indiquait dans un communiqué : « C’est un non-sens qui continue de nier que nous avons un seul et même régime artistes auteurs, au sein duquel nous exerçons différents métiers. C’est aussi un déni complet de la réalité sociologique de nos pratiques : les créateurs et créatrices sont souvent multi-métiers, travaillent dans plusieurs secteurs culturels et ont aussi désormais développé l’autodiffusion. Nous restons dans une vision archaïque de l’artiste-auteur, bien loin du XXIe siècle et de notre réalité bien concrète. »
 


Le CAAP résume : « Les budgets fléchés vers les artistes auteurs par guichets de répertoires d’œuvres et de circuits de diffusion sont parfaitement déconnectés du nombre d’artistes auteurs vivants concernés. À vrai dire, ces budgets sont même inversement proportionnels au nombre d’artistes auteurs pour qui l’activité artistique et l’autorat constituent aujourd’hui un exercice professionnel constant. »

Plus inquiétant encore : l’opacité demeure. Malgré nos relances, la SGDL reste muette et ne communique aucune informations sur la gestion de ses aides et le contrat qui la lie au CNL. Des dotations de certains organismes de gestion collective, par exemple la SACEM, restent inconnues. Leurs aides sont pourtant bien plus généreuses que les autres fonds, allant de 1500 jusqu’à 5000 €, sur « décision du Cœur des Sociétaires de la Sacem et de la Direction des affaires sociales ».

Pour résumer, plutôt que de soutenir massivement et simplement la profession des créateurs, ils se retrouvent à devoir frapper aux portes de multiples guichets privés décidant eux-mêmes de ce qu’est un artiste-auteur professionnel éligible aux aides d’État. Des ruptures d’égalité inimaginables dans n’importe quelle autre profession française, alors que les auteurs comme les autres traversent l’une des crises économiques et sociales majeures du siècle.

14 organisations professionnelles d’artistes auteurs ont adressé une lettre au président de la République. Seront-elles écoutés ?


Commentaires
Qu'est-ce qui, dans le monde entier, permet aux gens de ne pas devenir fou en confinement? Les livres. La musique. Le cinéma. L'art en général.



Qu'est-ce qui n'est pas un métier et est traité avec un mépris hallucinant par nos gouvernantes? Les auteurs. Les musiciens. Les cinéastes. Les artistes.



Bref, exactement la même logique selon laquelle le personnel hospitalier n'est pas équipé pour soigner les malades.
Aidez les de grâce. Mme lizano
Étant plasticien, je sais depuis fort longtemps que mon travail n'est pas un métier. Je survis comme je peux et j'ai abandonné l'idée d'être soutenu ou aidé par les institutions publiques. Encore plus en ce moment.
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